samedi 12 janvier 2019

L’américanophile, le Canadien-français et la maison mère

J'ai lu La maison mère d'Alexandre Soublière, un ouvrage mi-roman mi-essai dans lequel il se souvient des événements de sa vie. L’auteur y ajoute ses propres observations sociopolitiques dans un contexte fictif d’effondrement général de la société. Le livre m’a plu !


Les critiques que j’avais entendues de La masion mère avait réduit l’ouvrage à la suggestion de l’auteur de ressusciter le terme « Canadien-français » plutôt que l’étiquette « Québécois ». À la page 231, Soublière souligne que les mots « Québécois » et « Canadien-français » sont utilisés de manière interchangeable, bien que le deuxième exclut du « nous » collectif nombre de personnes qui peuvent tout à fait légitimement s’en revendiquer. Je suis d’accord.

Or, les anglophones se sont également appropriés l’étiquette « Québécois », du moins quand ça fait leur affaire. Ils ont appelé l’association qui s’est donné pour mandat de combattre la Charte de la langue française Alliance-Québec (et non pas Alliance-Canada). Les médias disent « Anglo-Québécois », sans que personne ne se souligne que le colonisateur britannique nous enlève ainsi le nom de « Québécois », comme celui de « Canadien » nous a été volé au XIXe siècle (ainsi que nos symboles comme la feuille d’érable, le castor et même l’hymne national composé par Calixa Lavallée). Aujourd’hui, ce sont les minorités ethniques qui ont récupéré l’étiquette de Québécois. (Le siècle de Mgr Bourget, p. 296)  

Dans la vision politiquement correcte de la chose, un Québécois n’est plus un descendant des Français qui ont colonisé la vallée du Saint-Laurent au XVIIe siècle, ni ceux qui se sont intégrés à cette nation. C’est un citoyen canadien qui habite le territoire de la province de Québec, peu importe sa race, sa langue maternelle ou sa religion. Comme l’observe Soublière, cette modification conceptuelle vient du Parti Québécois et, vu l’état des choses aujourd’hui, on peut se demander si le PQ n’a pas été, malgré lui, plus efficace que Lord Durham pour assimiler les Canadiens-français. Le terme Québécois a été tellement vidé de son sens qu’on est aujourd’hui obligé de se servir du pléonasme « Québécois francophone » pour parler des descendants des colons français. Est-ce un progrès pour le nationalisme et le souverainisme ? (Le siècle de Mgr Bourget, p. 459)

Soublière ne se cache pas de son américanophile, dans le sens des États-Unis (mais, d’une certaine manière, de l’Amérique en général). 

[…] J’ai choisi de m’intéresser à nos voisins du Sud parce qu’ils ont rédigé leur Constitution en s’inspirant des valeurs des Lumières et que je crois en une certaine identité américaine (continent) qui est inclusive en ce qui a trait au rapport avec le territoire. (p. 153)

Venant des États-Unis, on m’a souvent demandé pourquoi j’ai voulu immigrer ici. Je menais une bonne vie avant dans le Minnesota. Mais au fond, j’ai fini par trouver que les États-Unis n’ont plus d’identité qui leur soit propre, ni de culture. Oui, je sais, personne ne veut entendre cela et on me dira qu’il y a d’énormes différences entre les régions du pays. Bien sûr, ces différences existaient autrefois. Or, la manière de faire des grands centres, plus précisément la culture hégémonique de New York et de Los Angeles, par l’entremise des médias de masse, a aplati toutes ces différences. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une culture de masse qui porte les mêmes valeurs et les mêmes référents culturels d’un océan à l’autre. Et ça, personne ne veut l’avouer. À ce propos, il est intéressant de lire ce que Soublière dit au sujet de son chum de gars Simon :

Simon n’a jamais vraiment compris la culture québécoise. […] Ce n’est pas parce qu’il habite aux Etats-Unis. […] Quand il était encore au Québec, il écoutait souvent la radio de Québec et en est venu à éprouver du mépris pour tout ce qui est culture québécoise mainstream. Puis il a lâché tout ça au profit d’Howard Stern […] pour ensuite aller vers Sam Harris et Joe Rogan. Simon a habité plus de douze ans sur le Plateau et il n’aurait même pas été capable de reconnaître Guy A. Lapage s’il l’avait croisé à l’épicerie. (p. 113)

Oui, c’est sûr qu’il y a des personnes comme Simon à Québec. J’ai déjà écrit sur la ville de Québec, ainsi que sur la vision du monde très problématique des Sam Harris du monde. J’ai rencontré plusieurs personnes qui vénèrent Steve Jobs. J’ai travaillé dans une entreprise à Québec qui croyait être le prochain Apple dans le domaine de la réalité virtuelle et des jeux vidéo dits « sérieux ». Mais je tiens à dire qu’à cause de la langue française, nous avons nos propres institutions et nos propres référents culturels. Cela favorise l’épanouissement de notre être, et confère une valeur unique à notre vision du monde. Et cela nous appartient. 

Mais, comme le dit Soublière, en accordant tellement de place à la langue, on a peut-être négligé le concept du territoire et de la nordicité. D’ailleurs, être francophone n’est pas aussi simple et joyeux qu’on peut le croire. 

[…] J’en ai longtemps voulu à mes parents pour le choix qu’ils ont fait [de m’élever en Beauce et non en Ontario, où j’aurais appris l’anglais sans accent], et à la loi 101. […] J’étais jeune, fragile et stupide […] quand j’étais adolescent […] je trouverais injuste d’être en compétition sur le terrain du bilinguisme avec [mes cousins vivant en Ontario] qui étaient exposés quotidiennement aux deux langues. (p. 17)

Bien que la mère de Soublière ne soit pas anglophone, mais franco-ontarienne, sa famille me fait penser (encore une fois) au roman L’appel de la race de Lionel Groulx. Il ne suffit pas de se réapproprier le nom de Canadien-français pour régler notre problème d’identité nationale. Dans le roman, le protagoniste, Jules de Lantagnac, est un Canadien-français anglicisé qui part à la reconquête de son identité nationale. Il a épousé une Anglaise, Maud Fletcher, et la famille vit à Ottawa. Les quatre enfants ont été élevés dans la religion catholique, mais en anglais. 

Jules décide de franciser ses enfants, déjà adolescents. Au début, son épouse voit cela d’un bon œil, mais elle perd ses illusions lorsqu’elle constate que son mari est sérieux. La situation se complique lorsque Jule se fait élire à la Chambre des communes pour prendre la défense des écoles françaises de l’Ontario. Nous sommes en 1916. Le règlement 17 y interdit l’usage du français. Maud prévient Jules qu’elle divorcera s’il s’obstine à soutenir les Franco-Ontariens. Enfin, Maud quitte son mari. Les enfants se divisent. William et Nellie appuient leur mère en restant « Anglais ». Wolfred et Virginia appuient leur père en devenant « Français ». Jules a fait ce que doit, mais c’est un homme brisé. 

Je sais que l’histoire du roman n’est pas celle d’Alexandre Soublière, mais la jalousie qu’il exprime face à ses cousins franco-ontariens et à leur capacité de parler les deux langues sans accent m’a fait penser aux sujets difficiles que traite L’appel de la race :
Les dangers culturels et même psychologiques des mariages anglo-francos et la double hérédité qui affaiblit l’esprit des enfants issus des mariages mixtes.
Le mythe de la supériorité anglo-saxonne, et l’antinationalisme canadien-français qui en découle, ainsi que le caractère matérialiste de la civilisation anglo-protestante.
L’anglomanie de la petite bourgeoisie canadienne-française et la perte des traditions, comme la bénédiction paternelle du Jour de l’An. (Le siècle de Mgr Bourget, p. 466)


***


[…] Mais ne trouvez-vous pas que le froid fait partie intégrante de l’expérience nord-américaine des Canadiens-français ? (p. 76)

J’apprécie beaucoup qu’il se prononce sur le caractère central de la nordicité québécoise. Au Minnesota, je disais parfois maladroitement que j’étais fier de vivre dans un pays hivernal quand les gens idéalisaient le sud. J’ai déjà aussi assisté au Devoir de débattre : le thème était la nordicité. Tôt dans la soirée, l’explorateur Bernard Voyer a déclaré qu’il n’y avait pas « peuple nordique plus ignorant de son territoire » que les Québécois. 

Alors, pouvons-nous nous donner l’étiquette « nordique » alors même que nous ne démontrons peu de fierté du nord dans notre manière de vivre, comme on le fait pourtant en Russie ou en Norvège ? Côté littérature, il y a La montagne secrète de Gabrielle Roy (qui est plus pancanadien que canadien-français). Mais dans nos attitudes et même dans nos activités dites culturelles, qu’en est-il ? Au Québec, qui fait des séances de sauna avant de prendre un bain de glace ? 

J’ai aimé le personnage de Carl Bergeron dans l’histoire. J’avais lu son livre Voir le monde avec un chapeau il y a quelques années et j’ai particulièrement apprécié le chapitre dans lequel il écrit une lettre à son père, un boomer. Dans son traitement fictionnel, Soublière demande à Bergeron :

[…] Est-ce qu’on aurait pu vous imaginer anglophone, mais tout aussi amoureux des grands textes de la France et des philosophies des Lumières ? Votre amour pour la France serait donc un amour pour l’Occident et sa pensée ? (p. 78)

À ce sujet, je trouve qu’on se trompe quand on fait éloge des Lumières. La modernité issue de la Révolution française est la source de la postmodernité dans laquelle on vit. Les gens dits « réactionnaires » peuvent-ils retourner vers une modernité plus « raisonnable » du passé ? Je ne crois pas, car tout cela repose sur l’idée que rien n’est permanent et que tout est en flux chaotique darwinien. Dans cette vision du monde athée et matérialiste, nous ne sommes que des atomes sans objectif (télos) qui rebondissent ici et là. Alors, on n’a d’autre choix que d’« évoluer » (vers la postmodernité). 

Je ne romance pas le passé et mais je ne crois pas que la valorisation de la modernité des Lumières nous aide. Comment peut-on, nous, déracinés et sans traditions, intégrer de nouveaux arrivants qui, eux, sont traditionnels et croyants ? Je ne trouve pas que l’athéisme et le laisser-aller culturel dans lequel on baigne depuis la Seconde Guerre mondiale est suffisant pour assurer la pérennité de ce qu’on appelle vaguement « la civilisation occidentale ».

C’est aussi curieux que son ex-copine Camille soit chanteuse et qu’elle fait carrière en anglais (p. 219). Une genre de Pascale Picard ? Elle s’imagine accéder à un plus grand public en faisant cela, je suppose. Une artiste ou une vendeuse de culture pop ? 


***

Je suppose qu’un Canadien-français a le droit d’idéaliser et d’aimer les États-Unis. C’est juste que je ne comprenne tout simplement pas. On sait que Jack Kérouac était triste de ne pas avoir gardé son français, malgré son succès américain, surtout vers la fin de sa vie. La chanteuse Marie-Jo Thério a sorti un album concept Chasing Lydie (son premier en anglais) racontant l’histoire de l’une de ses tantes qui a immigré aux États-Unis pendant l’exode canadien-français de la fin du XIXe sièce jusqu’aux années 30. Elle y parle de l’attrait matériel des États-Unis (« …tout est possible à Waltham, Mass », chante-t-elle), mais l’album est parsemé d’extraits d’entrevue qu’elle a réalisées auprès de ses descendants, rendus américains et anglophones, et qui témoignent de leur mélancolie nostalgique. Un cousin dit qu’il se sent mal de n’avoir jamais appris le français. Une autre parle de l’histoire de sa famille à l’époque de Lydie; l’endroit était déjà un « melting pot », il y avait des tas de Français, d’Irlandais, d’Italiens…

Mais vivre et se fondre dans le fameux « melting pot » aux États-Unis a un prix. On se fond en quoi ? La finalité du « melting pot », c’est de devenir client chez Wal-Mart.

lundi 19 novembre 2018

L'histoire méconnue des Amérindiens au Québec


Au Minnesota, comme au Québec, on parle souvent des Amérindiens et des injustices qu’ils ont vécues. Cela a préparé le terrain au discours sur « les méchants blancs ». On nous fait avaler une fausse dialectique « blancs » contre « non-blancs ». Les Québécois ne sont pas des « blancs » et c’est faux de mettre dans le même panier toutes les nations d’origine européenne sous l'étiquette bidon de « blancs ». Oui, certaines nations amérindiennes en Amérique du Nord ont fait l’objet de crimes horribles et de génocides. Il faut, pourtant, rectifier l’histoire des Amérindiens au Québec et de leurs interactions avec les francophones depuis que les Français ont mis le pied sur ce continent.

l'histoire méconnue des amérindiens au Québec

Souvent, on présente l’Amérindien sous l’angle du « bon sauvage » de Rousseau – paisible et en harmonie avec son environnement. De nos jours, je trouve que les Amérindiens au Québec – surtout les nations anglicisées comme les Mohawks ou les Cris - ne se font instrumentaliser qu’à des fins politiques anti-Québec. La cassette que répètent les jeunes et les moins jeunes est ainsi : les blancs sont les auteurs d’un génocide contre les Amérindiens et ils ont volé leurs terres. 

Pourtant, ces mêmes personnes n’ont souvent aucune connaissance des différences entre l’approche des Anglais, des Français et des Espagnols face aux Amérindiens dans l’histoire. Les Français n’ont jamais tenté d’exterminer les Indiens, car ils n’en avaient de toute façon pas les moyens. En plus, ils faisaient du commerce avec eux. Pourquoi tuer ses partenaires d’affaires ? La grippe ou la variole étaient des maladies bénignes pour les Européens, mais des maladies mortelles pour les Amérindiens, qui ne possédaient pas les anticorps qui permettaient de résister à cette maladie. Ce fut effectivement un génocide causé par les épidémies, comme il y en eut bien d’autres dans l’histoire de l’humanité. Pensons à la Grande Peste Noire de 1348, qui fit périr un tiers des Européens. 

***

Avant que le groupuscule qu’était Option nationale ne soit avalé par Québec solidaire, il avait publié un petit livret : Le livre qui fait dire oui qui se voulait un cahier de pédagogie indépendantiste sur plusieurs thèmes – l’économie, l’éducation, les anglophones, l’environnement, etc. Dans le très court chapitre sur les Amérindiens, l’auteure Josianne Grenier écrit :  
« L’indépendance du Québec représentera une occasion inédite de remplacer la Loi sur les Indiens (une loi du gouvernement fédéral qui a eu pour but l’assimilation des peuples amérindiens) par un cadre légal et coopératif qui correspondra mieux aux réalités et aux aspirations des autochtones aujourd’hui. » (p. 75)
Oui, je suis d’accord que l’indépendance du Québec serait une belle occasion pour réévaluer notre rapport avec les 11 nations amérindiennes du Québec. Comment ? L’auteure ne dit pas grand-chose à part que l’indépendance incitera au dialogue. Ensuite, elle dit que « l’histoire et la culture du Québec sont indissociables de celles des nations autochtones » et que « le sirop d’érable est un apport fondamental des autochtones ». 

Ça me fait penser à cette légende urbaine selon laquelle les Québécois ont presque tous du sang amérindien. Les mariages mixtes avec des Anglais, des Irlandais ou des Amérindiens, après la Conquête, ont été peu nombreux. L’arbre généalogique des Québécois d’aujourd’hui est à plus de 90% français. L’idée que la nation canadienne-française soit le résultat d’un mélange de races est complètement erronée, quoiqu’en pensent les partisans de l’immigration de masse et du mondialisme.

Madame Grenier reconnaît que le partage du territoire sera sans aucun doute le dossier le plus complexe et fera l’objet de longues négociations. Selon elle, le gouvernement du Québec doit négocier avec Ottawa pour que les Amérindiens ainsi que les produits des activités traditionnelles (chasse, pêche, trappe) puissent traverser assez librement les frontières pour pouvoir continuer de profiter de l’entièreté du territoire ancestral. (p. 77)

Mais qu’en serait-il des Québécois ? La pêche, la chasse et la trappe ne sont-elles pas autant des traditions canadiennes-françaises qu’amérindiennes ? Pourquoi tout le monde n’est pas soumis à la loi, y compris les Amérindiens ? Le plus troublant est sans doute le fait que Madame Grenier ne réclame qu’un dialogue pour régler dès que possible les querelles territoriales. Un simple « dialogue » pour régler quelque chose d’aussi complexe ?

Et que dire de cette fausse histoire (que même la mairesse Valérie Plante répète) selon laquelle la ville de Montréal est un territoire Mohawk non-cédé ? Elle doit sûrement savoir que c’est faux, comme l'expliquait le professeur Luc-Normand Tellier dans Le Devoir. Il est farfelu de prétendre que nous avons volé aux Amérindiens leur pays. Au XVIIe siècle, le Québec actuel n’était habité que par environ 25 000 Amérindiens nomades. Autant dire que c’était une terre inoccupée. Ils ne connaissaient pas la notion de propriété terrienne. Il n’y avait pas vraiment de résistance à l’établissement des Français dans la vallée du Saint-Laurent, grâce au commerce lucratif des fourrures. 

Si les Iroquois/Mohawks ont lutté contre les Français, ce n’était pas pour défendre leur territoire, d’ailleurs situé dans l’actuel État de New York et non au Québec, mais pour détourner le commerce des fourrures au profit des Hollandais et des Anglais (Le siècle de Mgr Bourget : p. 386). Il serait temps que les Mohawks reconnaissent les consensus scientifiques ayant démontré que leurs ancêtres sont arrivés sur la rive sud de Montréal, en quête de refuge et de protection, auprès des habitants canadiens qui y vivaient depuis longue date. 

Pour finir, Madame Grenier dit que « laisser les autochtones décider des institutions les régissant sera un premier pas vers la préservation de leur culture, puis la meilleure façon de la préserver est de l’institutionnaliser. » Institutionnaliser leurs cultures ? Quel colonialisme ! Elle propose ni plus ni moins que d’imposer un modèle d’institution « blanc » aux Amérindiens. Après, elle parle d’enseigner les langues amérindiennes et d’autres éléments de la culture autochtone (traditionnelle ou contemporaine) à l’ensemble de la population. D’accord. Mais croit-elle vraiment que les immigrants s’intéresseront à ces langues ? La promotion du français est déjà assez difficile. Pourquoi les néo-Québécois apprendraient-ils les langues amérindiennes quand ils s’intéressent à peine au français ? 

Les journalistes d’enquête, Alex Caine et François Perreault nous expliquent dans le livre « Le peuple brisé » que :
« les Mohawks revendiquent le droit ancestral de traverser librement la frontière canado-américaine à Akwesasne. En plus, à la suite de la confiscation de plusieurs passeports iroquois par des agents frontaliers, les Mohawks accusaient Ottawa de vouloir "leur arracher" leur identité. » (p. 86) 
Pourquoi revendiquent-ils le droit de traverser librement les frontières ? Pour continuer leurs belles « traditions » de chasse, de pêche et de trappe ? Selon Caine et Perreault, ce serait surtout pour poursuivre des activités criminelles.

Le livre explique la réalité criminelle amérindienne dont on parle très peu. Des réseaux criminels mafieux comme l’Indian Posse et Es-Pak sont aussi mauvais que n’importe quelle autre mafia ethnique : trafic d’êtres humains, de drogues, de cigarettes de contrebande, d’armes, etc. D’ailleurs, le livre fait valoir de manière convaincante qu’une des causes principales de cette histoire des femmes amérindiennes disparues se trouve au sein de leurs propres communautés.
« Avant l’intégration à Es-Pak, le caractère prédateur et la violence déchaînée d’Indian Posse ont permis à cette organisation de s’imposer rapidement dans les marchés de la drogue, de la prostitution, du jeu et de façon horrifiante, du trafic d’organes. Dans les années 90, ce commerce devenait l’un des plus lucratifs parmi les activités criminelles … Il peut sembler incroyable que ces organisations criminelles s’en prennent ainsi aux leurs. Cependant, on constate que les gangs autochtones ne sont pas différents des autres. » (p. 67-68)
On évoque souvent la crise d’Oka de 1990 comme un point tournant vers de meilleures relations au Québec. Dans la mémoire collective, l’histoire se déroule ainsi : les courageux Amérindiens (les Mohawks d’expression anglaise) s’opposaient au projet de la municipalité d’Oka d’ajouter neuf trous au terrain de golf existant et d’y permettre la construction d’habitations de luxe. Une barrière fut érigée en travers de la route de terre menant au terrain de golf. La ville obtint une injonction contre la barricade, mais les Mohawks l'ignorèrent complètement : « Je ne reconnais pas l'autorité de la Province sur cette terre », déclara Curtis Nelson, un Mohawk de Kanesatake et participant pendant la crise d'Oka. (People of the Pines, p. 438).

Mais Alex Caine et François Perreault racontent qu’en réalité, la cause apparente défendue dans cette crise n’aurait que bien peu à voir avec le véritable enjeu, soit le libre cours des activités illicites.
« Kanesatake est une réserve enclavée dans la municipalité d’Oka à la confluence de la rivière des Outaouais et du lac des Deux-Montagnes. Sa géographie représente un atout considérable pour des trafics de toutes sortes. Les voies d’eau offrent les liaisons les plus sûres pour qui sait y naviguer de jour ou de nuit. Ce territoire de 670 kilomètres carrés est devenu un site de transit pour les contrebandiers. Rien d’étonnant à ce que les Mohawks en réclament la souveraineté. » (p. 88)

Réseau contrabande autochtone Montréal

Revenons à la phrase de Josianne Grenier du Livre qui fait dire oui. Elle déclare que « le gouvernement du Québec doit négocier avec Ottawa pour que les Amérindiens puissent traverser assez librement les frontières pour pouvoir continuer de profiter de l’entièreté du territoire ancestral ». Si l’on en croit les révélations faites par l’enquête du livre Le peuple brisé, cette proposition relève de la naïveté.

Certes Mme Grenier propose d’assurer la libre circulation des Amérindiens (au-delà même du concept de frontières) pour leur permettre de s’adonner librement à leurs activités traditionnelles, mais elle reste muette sur la question des activités criminelles.

À la lumière de ce qui précède, il s’agit pourtant d’un problème sérieux qui ne saurait être ignoré. Comment veiller à ce que les activités amérindiennes traditionnelles ne servent pas de paravent à des trafics de toutes sortes ? Surtout, comment protéger les femmes autochtones qui pourraient elles-mêmes souffrir de ce trafic si on le laissait suivre son libre cours ?

La « solution » proposée par Mme Grenier relève donc de l’angélisme. 

Dans le cadre d’une enquête publiée dans le Montréal Gazette, le journaliste montréalais William Marsden a recueilli de nombreux témoignages de la part de policiers. Les arrestations régulières de contrebandiers ont peu d’impact sur le marché noir du tabac, car les criminels mohawks vont rarement en prison, et ne paient pas les amendes qui leur sont imposées. Quant aux policiers blancs, ils n’entrent presque jamais sur les territoires amérindiens sans l’autorisation du conseil de bande. (p. 90)


***

Je suis tombé sur une balado du New Hampshire (Outside/In) sur la controverse du « Northern Pass », le projet de ligne électrique entre le Québec et le nord-est des États-Unis. Ils voulaient montrer que l’hydroélectricité d’Hydro-Québec, une source d’énergie renouvelable et propre, a dérangé les traditions des « terres ancestrales » de quelques nations amérindiennes au Québec. Le traitement du sujet était plutôt superficiel et hautement théâtralisé, et il présentait une version déformée de l’histoire du Québec, ce qui est typique de la part des anglophones.

Les deux animateurs voulaient à tout prix montrer qu’ils ne sont pas des méchants blancs. Leur attitude « kumbaya » leur permettait la coopération du chef. Le hic, c’est qu’alors qu’ils s’apprêtaient à entrer dans un établissement d’Hydro-Québec sur la Côte-Nord, l’accès leur a été était refusé. Ils ont appris que c’était dû à la négligence du chef Jean-Charles Piétacho, qui n’a pas demandé la permission pour y entrer 48 heures à l’avance, comme tout le monde doit le faire, selon les règles.

Piétacho était furieux – non pas à cause d’une longue route perdue ni d’un désir particulier de montrer le site à ces deux Américains – mais parce qu’il avait été « humilié » par un vulgaire garde blanc lui ayant empêché d’accéder à son « propre territoire traditionnel ». Pour lui, cela illustre la discrimination dont est victime son peuple, non seulement d'Hydro-Québec, mais de tous les Blancs du Québec. 

Malgré l’à-plat-ventrisme des deux animateurs envers le chef, Piétacho a fini par les rejeter comme de vulgaires blancs qui font eux-mêmes partie du même problème. Peu importe qu'Hydro-Québec verse chaque année des millions de dollars à la nation crie comme compensation pour l’usage de leurs terres dites ancestrales. Peu importe que ces deux podcasteurs soient prêts à prendre son parti. Le chef se voit en tant que victime du cours de l’histoire. Peu importe ce que disent les deux podcasteurs ou des gestes de bonne foi de la part d’Hydro-Québec, le chef les méprise en tant que blancs. Plus tard dans le balado, le chef leur dit même qu'il est fâché qu'ils aient également eu des entretiens avec des employés d'Hydro-Québec. Il ne leur aurait pas parlé s'il avait su qu'ils avaient également parlé à Hydro-Québec, car il voulait qu’ils aient seulement sa version à lui de l’histoire.
« Nous savons ce que les Blancs nous font. Nous connaissons notre peuple, c'est une grande discrimination au Québec contre les Premières Nations, et nous le savons. Nous vivons ici ; nous le ressentons, juste par la façon dont ils nous regardent. C’est profond. » (traduction libre, 17:30)

Pourquoi les Amérindiens pensent-ils qu’ils peuvent avoir carte blanche pour aller n’importe où n’importe quand ? Il ne leur faut qu’évoquer le colonialisme et dire que tous les blancs sont mauvais pour obtenir ce qu’ils veulent ? 

Je maintiens mes dires : les Amérindiens n’ont jamais été opprimés par l’empire français. Les peuples amérindiens ont librement fait alliance avec le roi de France pour se défendre contre l’impérialisme iroquois, qui menaçait tout le nord-est du continent. La population amérindienne a malheureusement diminué de 90% à cause du « choc microbien », de l’apport involontaire de maladies européennes contre lesquelles les Amérindiens n’étaient pas immunisés. (Le siècle de Mgr Bourget, p. 12)

Qu’en est-il de cette histoire des couvertures de varioliques ? D’après ce texte de Radio-Canada, on dirait que la directive venait du général Amherst à la suite de la conquête de 1759, plutôt que de l’empire français. Or, on peut dire qu’une tache dans notre histoire, c’était la traite des fourrures contre de l’eau-de-vie (60% d’alcool), qui a malheureusement répandu l’alcoolisme chez les Amérindiens (même si les évêques de Québec condamnaient le commerce de l’eau-de-vie). 

En ce qui concerne les quelque 80 pensionnats au Canada, 11 étaient au Québec et seulement trois étaient catholiques (c'est-à-dire des institutions canadiennes-françaises). Le sujet est trop grand pour traiter adéquatement ici, mais il est à noter que les témoignages varient beaucoup sur ce qui s'est passé dans les pensionnats si la source était anglophone ou francophone. 

En ce qui concerne la vitalité des nations amérindiennes aujourd’hui, c’est d’ailleurs au Québec où les langues amérindiennes se portent le mieux au Canada. Juste au nord de Trois-Rivières, on trouve cet excellent exemple donné récemment par TVA.

Les Amérindiens s’en prennent à la nation québécoise en la réduisant au fait qu’il s’agisse d’une « nation blanche ». Non seulement cherche-t-on à ostraciser des gens en raison de la couleur de leur peau, mais on néglige par le fait même le fait que la nation québécoise se conjugue aujourd’hui au pluriel et qu’elle est aussi composée de descendants de tous les continents. Pourquoi les Amérindiens ne reconnaissent pas l’apport de ces néo-Québécois – qui sont impliqués dans les décisions politiques et économiques du Québec contemporain – en réduisant le Québec à une nation blanche ?

Par ailleurs, le fait que les Québécois soient blancs en grande majorité ne les rend pas coupables des injustices commises historiquement par l’Empire britannique. Les Québécois ont tort de se laisser culpabiliser pour des crimes commis au nom de Sa Majesté la Reine d’Angleterre. La devise de Lionel Groulx était « Notre maître le passé ». Les nations, comme les individus, se perçoivent elles-mêmes de la manière dont elles perçoivent leur passé.

Mais nous avons oublié notre histoire.

lundi 24 septembre 2018

DU DÉCLIN À LA CHUTE DU QUÉBEC

Bien que ce soit rendu une activité en voie de disparition, je vais toujours au cinéma. Récemment, j’ai regardé le dernier film de Denys Arcand,  « La chute de l’empire américain ». Dans ce film, le Québec est mort et personne ne se soucie du cadavre. La chute laissera les vautours entrer et piller ce qui reste du Québec. 

Ensuite, j’ai redécouvert les trois autres films de la série d’Arcand, le Déclin, les Invasions et les Ténèbres. Je peux dire que maintenant, je vois « Le déclin de l’empire américain » d’un autre œil. 

Avant, j’avais une vision plutôt libérale du film. Je l’ai vu comme une célébration du style de vie qu’on y trouve. De mon point de vue de pauvre gars plutôt naïf unilingue déraciné du Minnesota, le film se voulait une moquerie de la droite religieuse américaine, celle qui condamne le style de vie des personnages « éclairés » du film. À mes yeux, je trouvais qu’ils vivaient des vies riches et libérées. Une lettre d’amour à la « belle » différence au Québec – l’intelligentsia québécoise, libérée des traditions paralysantes, face aux matantes/mononcles traditionalistes et incultes. 

Mais le titre du film d’Arcand est bien « Le déclin » et non « La vie parfaite qu’on veut tous vivre ». 

Il s’agit du déclin d’une civilisation qui ne fait plus d’enfants. Le personnage de Rémi dit au début que ce qui compte, c’est le nombre (démographique). Si l’on n’a pas le nombre, on perdra. Le reste du film se déroule autour des anecdotes sexuelles et des trahisons. Ce sont des professeurs d’université marxistes. Leur hédonisme symbolise le déclin de la société québécoise. Chaque personnage représente un aspect de cette dégénérescence.

Du déclin à la chute du Québec

Au début du film, Dominique dit qu’une société en déclin coïncide avec la poursuite du bonheur individualiste. La base du mariage n’est pas l’amour, mais le potentiel de créer un environnement stable pour les enfants. Le déclin vient de la destruction de la famille au nom de la poursuite individualiste de l’amour et du bonheur. Le marxisme et le freudisme sont des arnaques et les personnages dans le film y ont tous cru. 

La religion a disparu. On se moque des religieux et des croyants. Il y a une jalousie chez Rémi et Pierre de la vie homosexuelle parce que c’est tellement plus facile de baiser sans avoir l’engagement qu’exigent les femmes. Chez les personnages féminins, Diane et Dominique avouent d’avoir couché avec des femmes. Il n’y a que Louise qui en soit un peu troublée et avoue avoir eu peur d’être lesbienne pendant les sessions avec son psychologue. Tous les personnages parlent beaucoup de métissage sexuel et s’excitent de la non-stabilité. 

Ce que les personnages voient comme le plaisir et la liberté, sont véritablement la débauche et la haine de soi. Tous les personnages sont dans des relations stériles, non reproductrices. Les jeunes couchent avec des vieux. Les hommes couchent avec les hommes. Une femme mariée n’arrive pas à s’occuper de sa fille parce qu’elle aime trop le sexe violent avec des brutes. Il n’y a plus de modèles stables pour guider la population. Quand Louise découvre les infidélités de Rémi, elle cherche du confort chez Claude, l’homosexuel. Mais l’homosexuel ne peut lui offrir que de l’amitié. Il n’est pas une solution, parce qu’au fond, il ne peut la satisfaire. La seule solution, c’est une famille stable.

Plus tard, dans « Les invasions barbares », c’est la mort de Rémi et ce qu’il représente – la génération des boomers. Là où l’on est rendu, on ne peut plus rien faire pour les boomers à part leur donner un peu de confort avant la mort.  Le film est sur l’euthanasie, l’immigration et les drogues pour compenser le vide. C’est la nation qui se trahit et choisit de mourir, de se faire remplacer. Ce sont des Québécois qui ont dit, en 1995, qu’ils n’existent pas. Ils se sont euthanasiés, comme Rémi dans le film. C’est le déclin d’une civilisation qui ne fait plus de bébés nés dans les familles stables. Il ne faut pas oublier que ce qui compte, c’est le nombre.

Les barbares qui envahissent sont, entre autres, les drogues qui nous gèlent (et qui nous rendent « heureux, » comme le soma des « Meilleurs des mondes » de Huxley). Le policier Roy Dupuis dit qu’après trois ans d’enquête, ils ont arrêté le gang iranien, seulement pour être remplacé par d’autres gangs juifs, italiens, haïtiens… il y a trop de monde qui veut trop de drogues. 
Le film commence avec l’état pitoyable du système de santé au Québec. Le Québec est dominé par les syndicats corrompus. Le patrimoine religieux de nos églises vides n’a aucune valeur marchande. Il y a un bref moment intéressant où la religieuse (Johanne-Marie Tremblay) donne la communion aux patients à l’hôpital. Elle s’approche d’un homme indien et dit : « Le corps du Christ ». Puis, l’immigrant dit : « No, thank you ». 

Le rejet du catholicisme par le peuple québécois se reflète dans l’immigrant. En plus de cela, il a sa propre religion, lui. Même à l’hôpital, il a sa famille heureuse autour de lui. Or, la famille québécoise est en ruine. Elle sera remplacée par l’immigrant qui s’exprime en anglais. La même chose se produit dans la scène quand Rémi quitte sa salle de classe parce qu’il est rendu trop malade pour continuer. Il se fait remplacer par une femme probablement issue de l’immigration devant des étudiants indifférents. 

Rémi, un intellectuel marxiste et arrogant, est déçu que son fils Sébastien (Stéphane Rousseau) ne lit pas, malgré ses réussites à d’autres niveaux (emploi, famille). Sébastien a une belle femme intelligente et ils sont plus organisés dans leurs vies qu’étaient Rémi et Louise. L’épouse de Sébastien a même dit qu’on ne peut construire une vie autour de l’amour, car cela est aussi profond qu’une chanson pop. C’est un piège. Construire une société avec les sentiments comme fondation, ça mène au divorce et à la destruction de la famille. La religieuse gronde Rémi pour ne pas avoir apprécié tout ce que fait Sébastien pour lui, qui a parcouru tout le chemin depuis Londres. Par contre, Rémi n’était même pas allé voir son propre père avant sa mort à Chicoutimi. Il était à Montréal et c’était l’hiver…

Rémi n’a pas pu trouver un sens dans la famille, alors il cherchait du sens dans les sentiments et son expérience subjective quand il meurt. L’héroïne l’aidera à mourir confortablement « dans la dignité ». Celle qui lui donnera le coup de grâce, Nathalie (Marie-Josée Croze), la fille de Diane, est dépendante de l’héroïne elle-même. Sa vie est détruite par les histoires de cul de sa mère. Une femme plutôt garçonnière (elle semble neutre sur le plan du genre), c’est elle qui présage les invasions barbares. Rémi (et sa génération) a détruit sa famille et laissé tomber notre société pour fumer du pot et avoir la sexualité sans limites.

Vers la fin, le film nous montre quelques livres chez Rémi. Ils contiennent tous les thèmes des nations qui s’éteignent et les génocides.


Je crois qu’Arcand nous montre ces livres pour nous dire : il y avait un génocide au Québec et c’était consensuel (euthanasie). Nous avons abandonné la structure religieuse. La vision du monde des boomers a ensuite ouvert la porte aux invasions barbares. La génération des boomers est en train de mourir, laissant derrière elle quelques survivants. La mort de Rémi n’était qu’une transition de pouvoir. Maintenant Nathalie, la toxicomane peu stable et Sébastien devront vivre avec les conséquences de l’obsession du sexe/bonheur.

Ensuite, dans « L’âge des ténèbres », on apprend que Mitsou a divorcé Pierre Curzi et a tout pris, maison, la garde des enfants, la moitié de son salaire - il est rendu seul, vieux et pauvre. Tout le monde est centré sur soi. Marc Labrèche fantasme qu’une belle femme imaginaire l’aime. Sa vraie femme prend plusieurs médicaments et elle ne la regarde jamais. Ses deux filles lui sont indifférentes, voire hostiles. D’autres personnages se réfugient dans des mondes fantastiques fictionnels. À la fin, c’est un mini retour au terroir dans le Bas-Saint-Laurent pour se mettre à l’abri des ténèbres. 

Après le comportement dégénéré du Déclin, l’Invasion et des Ténèbres qui ont suivi, on est rendu à la chute. C’est le pillage de tout ce qui reste du Québec. Toutes les ethnies essayent d’obtenir les restes. Comme des charognards, ils cherchent l’argent comme des individualistes fous poussés à l’extrême. Il y a une guerre raciale en cours. On y trouve de nombreuses références aux gangs ethniques – les Haïtiens, les Irlandais, les Juifs, les Grecs, les Italiens, les motards canadiens-français. Le nationalisme civique qu’on prône est un échec. Les gens s’identifient trop souvent à leur groupe ethnique et non à la nation québécoise, en dépit de la loi 101. Les restes de notre civilisation canadienne-française sont représentés par le sac d’argent qu’a trouvé Pierre-Paul, un étudiant en philo, gentil et généreux.

La putain de luxe, tout en étant une prostituée, a une certaine moralité touchante. Elle finit par entrer en partenariat avec Pierre-Paul et un ex-motard (aussi joué par Rémy Girard) pour blanchir l’argent. Ensuite, ils cherchent à faire du bien avec les restes de la civilisation en aidant les pauvres à la soupe populaire et avec une fondation pour les enfants, qui est une façade. 

C’est bien beau, mais est-ce réaliste cet altruisme, sans structure religieuse pour l'encadrer ? Comment des gestes charitables peuvent se manifester sans rien pour les guider et les coordonner ?  Il n’y a pas de solutions faciles. Mais il y a beaucoup de matière à réflexion dans ces quatre films de Denys Arcand. Pourquoi sommes-nous faibles sur le plan moral, politique et culturel ? Pourquoi n’arrivons-nous pas à nous unir au Québec ? Pourquoi tout le monde suit-il leurs petites tendances individualistes plutôt que de mettre de côté de petites différences et travailler ensemble ?  Y a-t-il de l’espoir pour le Québec et sa dépouille ? À suivre.

mercredi 25 juillet 2018

Les Noirs au Québec : le dernier mensonge de la bienpensance


Le chroniqueur Fabrice Vil, du journal Le Devoir, a publié un texte « La puissance du hip-hop » le 28 avril 2017 qui colporte des informations incroyablement fausses que je me sens porté à rectifier son contenu.

Les Noirs au Québec dernier mensonge de la bienpensance

En effet, dans son texte, M. Vil reprend intégralement les paroles de la chanson « Qc History X » d’un genre de rappeur qui se prend pour un historien, Ali Ndiaye alias Webster

Voici le passage cité par M. Vil :
« En 1629 arrive Olivier Lejeune / Premier esclave répertorié dans la jeune ville de Québec / Au moins 10 000 esclaves au Canada / Jusqu’à l’abolition de ce droit en 1833 / Yo c’est fou, à force de fureter en masse / J’ai découvert que Lionel Groulx prônait la pureté des races / C’est la même pour Garneau, F.X.-Garneau / Québec History X, ils nous ont effacés du tableau / Mais pourtant, il y avait des hommes d’affaires noirs / On était dans les régiments et d’autres étaient coureurs des bois / Il y avait aussi des aubergistes / Et ils veulent nous faire croire que les Noirs sont ici depuis les années 70. »
M. Vil reprend ses paroles sans aucune nuance ni mise en garde et va même jusqu’à dire qu’il s’agit d’un « véritable cours sur l’histoire des Noirs au Québec ». Or, il appert que les faits énoncés dans cette chanson sont faux. Si les chanteurs n’ont pas l’obligation de veiller à l’exactitude de ce qu’ils écrivent, il en va autrement des chroniqueurs. 

D'abord, de qualifier de cours d'histoire ce texte laisse croire que son contenu est factuellement vrai, surtout lorsque M. Vil n'apporte aucun élément de contexte qui permettrait de penser autrement. En citant mot pour mot Webster, M. Vil ne fait pas que donner son « appréciation d'une œuvre culturelle » comme il pourrait bien prétendre. Il reprend à son compte les propos contenus dans la chanson « Qc History X » pour les endosser en les qualifiant de « cours sur l'histoire » et de « trésor culturel ». Il utilise le mot « richesse » pour parler du texte. En d'autres mots, il prête foi au contenu du texte en y associant sa crédibilité. D'ailleurs, s'il voulait se réfugier derrière une citation pour ensuite se dissocier des propos qu'elle contient, cela constituerait une bien faible défense.

Pourtant, lorsqu'on se réfère au Guide de déontologie journalistique du Conseil de presse du Québec sur le journalisme d’opinion, l’article 10.2 indique :

Le journaliste d’opinion expose les faits les plus pertinents sur lesquels il fonde son opinion, à moins que ceux-ci ne soient déjà connus du public, et doit expliciter le raisonnement qui la justifie. 
L’information qu’il présente est exacte, rigoureuse dans son raisonnement et complète, tel que défini à l’article 9 du présent Guide.

En outre, le Guide précise à l’article 9 : Les journalistes et les médias d’information produisent, selon les genres journalistiques, de l’information possédant les qualités suivantes :
Exactitude : fidélité à la réalité;
Rigueur de raisonnement; 
Impartialité : absence de parti pris en faveur d’un point de vue particulier;
Équilibre : dans le traitement d’un sujet, présentation d’une juste pondération du point de vue des parties en présence;
Complétude : dans le traitement d’un sujet, présentation des éléments essentiels à sa bonne compréhension, tout en respectant la liberté éditoriale du média.

Le problème avec la chronique de M. Vil, c’est qu’elle reprend à son compte des informations complètement erronées. 

En effet, le livre Deux siècles d'esclavage au Québec, qui est sans doute la référence la plus sérieuse qui soit au sujet du traitement des esclaves dans l'histoire de la province, indique qu' « il y avait près de 4200 esclaves au Québec » (Trudel : p. 69). De ce nombre, les trois quarts furent amérindiens (Trudel : p. 73) et l'autre quart furent africains (Trudel : p. 84). Prétendre qu'il y avait 10 000 esclaves au XIXe siècle au Canada (nom sous lequel était alors connu le Québec) comme le fait M. Vil est trompeur et mensonger. La moindre des choses à faire lorsqu'on est journaliste et qu'on fait une aussi longue citation c'est d'en vérifier la véracité et en assumer la responsabilité.

Les Noirs au Québec

Il ajoute aussi : « Les Webster et Muzion ne sont que des exemples d’une panoplie d’artistes ayant créé un trésor culturel pouvant non seulement faire évoluer les méthodes d’enseignement, mais pouvant aussi jeter un éclairage différent et pertinent sur des phénomènes sociaux contemporains. »

Or, cette affirmation m’apparaît problématique. En effet, le titre de la chanson « Qc History X » se veut une référence au célèbre film américain « American History X ». L’allusion va de soi et saute aux yeux ; elle est donc implicite. En effet, le film « American History X » est très connu et met en scène plusieurs vedettes hollywoodiennes – il ne s’agit pas d’un obscur film à distribution confidentielle. En l’occurrence, M. Vil ne pouvait ignorer que les lecteurs instruits du Devoir feraient eux aussi ce lien entre le contenu du film et l’histoire du Québec.

Rappelons pour mémoire que ce film met en scène des extrémistes américains racistes qui portent la croix gammée et qui sont favorables à l’assassinat des Noirs. Prétendre qu’une chanson inspirée de ce film, et dépourvue de toute nuance, constitue « un trésor culturel » pouvant « faire évoluer les méthodes d’enseignement » est absurde. Que veut-on sous-entendre ici ? Que les Québécois ont agi dans l’histoire comme les personnages de ce film ? Cela est entièrement faux, d’un point de vue factuel, et relève davantage de la calomnie que de la liberté artistique. 

Enfin, le texte de M. Vil omet également d’apporter quelques nuances que ce soit quant aux faussetés véhiculées par la chanson « Qc History X » au sujet de Lionel Groulx. Soit, l’abbé critiquait sévèrement les Canadiens français qui refusaient de préserver et de transmettre leurs traditions nationales sous prétexte d’assimiler certains éléments de la culture anglo-saxonne pour survivre. Prétendre que « Lionel Groulx prônait la pureté des races » relève toutefois de la malhonnêteté intellectuelle. À mes yeux, ce n’est que du mépris pour le chanoine Lionel Groulx – l’historien national du peuple qui l’a accueilli. J’invite M. Vil à lire Groulx, en commençant par son roman de vulgarisation politique « L’appel de la race ». Il risque de perdre quelques préjugés.

L’ouvrage résume ce que l’on appelait en ce temps « l’esprit français ». Quelques thèmes clés sont le caractère matérialiste de la civilisation anglo-protestante, le mythe de la supériorité anglo-saxonne et l’anglomanie de la petite bourgeoisie canadienne-française. Le nationalisme groulxien ne faisait pas de la race un absolu. Pour Groulx, c’est l’Église catholique qui restait la valeur suprême. Mais l’Église doit s’incarner dans une nationalité, comme le Verbe qui s’est fait Chair. Et c’est l’enracinement national qui permet à l’homme d’atteindre l’universel. 

Le Petit Robert définie le mot « race » comme un groupe naturel d’hommes qui ont des caractères semblables (physique, psychiques, culturels) provenant d’un passé commun – ethnie, peuple. Il le définit également comme un groupe ethnique qui se différencie par des caractères physiques héréditaires (couleur de la peau, forme de la boîte crânienne, proportion des groupes sanguins) – race blanche, jaune, noire. Au temps de Groulx, on l’employait surtout dans le premier sens, plus culturel. Aujourd’hui, on l’emploie davantage dans le second sens, plus biologique. 

Le chanoine Goulx parlait souvent du « génie de la race », c’est-à-dire de cette indéfinissable particularité du peuple canadien-français. Il n’avait pas une vision « sociobiologique » de la nation comme dans la théorie nazie de la race aryenne, malgré ce qu’a soutenu Esther Delisle, qui est la source du mensonge que Groulx était antisémite. Rappelons qu’au temps de Groulx, on parlait de la « race » au sens de la « nationalité ». C’était une notion culturelle plutôt que physique. La supériorité de l’esprit français découle plutôt de la supériorité spirituelle du catholicisme sur le protestantisme, une idée qui allait de soi dans les milieux catholiques d’avant le Concile Vatican II. (Le siècle de Mgr Bourget, p. 377) Si seulement Le Devoir engageait des chroniqueurs qui connaissaient l’histoire. 

Lionel Groulx voulait la restauration de l’intégrité nationale par la redécouverte de l’authentique « âme » canadienne-française. C’est une quête intérieure, le « gnôthi seauton » des Grecs : « Connais-toi toi-même ». M. Vil se connaît-il ? En lisant ses autres textes, c’est évident qu’il puise presque toutes ses idées des Anglo-américains et il se voit probablement comme un genre de « black » américain d'expression bilingue. 

Pour toutes ces raisons, j'estime que la chronique « La puissance du hip-hop » de Fabrice Vil est un autre de ces textes qui nous fait de la propagande victimaire directement importé des courants dits « racialistes » étasuniens. Un autre de ces textes, incapable d'avoir une lecture colonialiste honnête, et de dissocier l'histoire des colons français en Nouvelle-France de celle de l'Empire britannique.

mercredi 13 juin 2018

Véganisme : religion de substitution

Depuis que j’ai quitté mon petit village natal pour déménager en ville, j’ai commencé à rencontrer des végétariens. En 1999 à l’Université du Minnesota, c’était déjà assez à la mode. J’ai même rencontré à l’époque des végétaliens (ou véganes, si vous voulez). Je n’avais pas vraiment d’opinion sur la question. Vingt ans plus tard, les choses sont plus claires pour moi.

En gros, je ne suis pas contre le fait que quelqu’un adopte un régime alimentaire végétarien. Peut-être que les organismes de certaines personnes fonctionnent mieux avec moins d’aliments d’origine animale. Je crois que les végétariens ont raison de critiquer les fermes industrielles. Mais quand ils se servent de ça comme prétexte pour s’abstenir de manger toute viande, je trouve ça problématique. Ils ne prennent pas en compte les petits agriculteurs et les fermes familiales, et leur capacité de produire une viande de qualité qui n’est pas nuisible à l’environnement.

Les véganes sont toujours très minoritaires. Aux États-Unis, selon les sources, on peut estimer qu’ils constituent entre 0,5% et 2 % de la population. Ce qui est curieux, c’est que même s’ils sont peu nombreux, des géants de l'industrie de la production de viande, par exemple Cargill, vendent leurs derniers parcs d'engraissement pour se tourner vers la production de protéines végétales. Pourquoi Cargill change-t-il la totalité de son activité pour 1-2% de la population ? Les promoteurs du véganisme disent souvent que leur mouvement est marginalisé et que « l’industrie » puissante de la viande tait les bénéfices d’un régime alimentaire à base de plantes (le « plant-based diet » comme tout le monde l’appelle en anglais). Mais ce genre de régime alimentaire est aussi promu par l’ONU, Jacques Attali, Bill Gates, Alvin Toffler, Greenpeace, plusieurs libertariens, l'institut Tavistock, etc. Il y a aussi l’Agenda 21, qui se concentre sur l’objectif du développement durable et qui comprend la réduction voire l’élimination de la consommation de viande afin de rendre les pâturages accessibles à la culture du blé, du maïs et du soya pour la consommation humaine. Bref, il est clair que ce sont les élites qui obligent les masses à « choisir » le véganisme comme mode de vie.

véganisme religion de substitution

Les promoteurs du véganisme veulent incarner une nouvelle classe sociale – instruite, chic et urbaine. On se prend pour des experts – une nouvelle classe de prêtres et de prêtresses de la secte végane. On n’a de cesse de citer des études (cautionnées par des comités de relecture), qui « prouvent » ce qu’on avance. 

Mais sont-ils conscients, par exemple, que la rédactrice en chef de la revue The Lancet affirme que la moitié de tous les articles publiés dans des revues professionnelles sont faux ? Dre Marcia Angell, médecin et rédactrice en chef de longue date du New England Journal of Medicine, considérée comme l'une des plus prestigieuses revues médicales évaluées par les pairs dans le monde, donne une idée assez claire de ce sujet: 
« Il n'est tout simplement plus possible de croire à une grande partie de la recherche clinique publiée, ou de se fier au jugement de médecins ou à des directives médicales faisant autorité. Je ne prends aucun plaisir à cette conclusion, que j'ai atteinte lentement et à contrecœur, au cours de mes deux décennies en tant que rédactrice en chef du New England Journal of Medicine. » (traduction libre) 
Il y a autant d'études (crédibles) qui disent le contraire des défenseurs de la religion végane. Que nos organismes ne peuvent intégrer d’une manière efficace la valeur nutritive qu’on pourrait trouver dans un régime alimentaire à base des plantes. Il existe de nombreuses sources, à commencer par la fondation Weston A. Price. Le « China Study » a été méticuleusement discrédité par la blogueuse Denise Minger, anciennement végétalienne crudivore. Ce qu’avance le livre de la Dre Kate Rhéame-Bleue sur la vitamine K2 mérite aussi l’attention des lecteurs. Et ainsi de suite.

Les véganes croient que les animaux sont l'équivalent des humains et ils considèrent que les tuer pour se nourrir est l’équivalent d’un meurtre. Ceci est notamment problématique sur le plan axiomatique. Ils prétendent vouloir de la compassion pour les « êtres sensibles », sans savoir d'où viennent les idées comme la compassion. Ils échouent à établir la base de pourquoi nous, les êtres humains, devrions être charitables. Avec une vision du monde empirique et matérialiste, il n’y a pas d’axiome qui puisse mener à une telle conclusion.

Le fait est que nous, les humains, ne sommes pas seulement des animaux. Nous avons un mystère en nous (on l'appelle souvent le noûs ou l’âme – une capacité à percevoir qui va au-delà de celle de la bête) qui vient de quelque chose de mystérieux et de divin. Ceci est le rocher sur lequel toute notre civilisation est construite. Je comprends que les gens ne veulent pas entendre ça. Ils veulent être des empiristes matérialistes. Ils pensent qu'un humain est la même chose qu'une baleine ou qu'un chat parce que nous sommes tous des mammifères. Ils disent qu’ils ne veulent pas tuer des êtres sensibles. Je me demande s’ils laisseraient vivre un rat qui entre dans leur chambre ? C'est un être sensible, après tout.

Et qui nous dit, après tout, que les plantes, elles, ne souffrent pas. Pour dire la vérité, nous n’en savons rien. Pour le dire avec la célèbre auteure Marguerite Yourcenar (Mémoires d'Hadrien) :

Marguerite Yourcenar véganisme végane

J’entends souvent que les véganes ont plus de compassion et de patience après avoir adopté le régime alimentaire végane (seraient-ils plus dociles ?). Il est également connu que l'une des façons de domestiquer les êtres humains est de leur donner un régime alimentaire qui les rende plus faciles à gérer. Cela fait l’objet d’une discussion dans la République de Platon (Livre II) où il est dit que les masses (qui sont stupides et qui doivent être dirigées par la propagande… bref la théorie du noble mensonge) doivent manger un régime composé de céréales afin qu’elles tiennent leur rang et qu’elles puissent être plus facilement contrôlées. Accessoirement, cela leur permettrait de rester heureux dans leur simplicité. 


***

Je pense de plus en plus que le Québec doit cesser de puiser toutes ses idées des modes et des courants sociaux des États-Unis (d'où proviennent toutes les informations que les véganes utilisent). Tout cela ne fait que nous diviser encore plus. Il n'y a pas de culture unifiée aux États-Unis et il n'y en a jamais eu. Qu’on le veuille ou non, sous l'Église catholique « diabolique », le Québec était beaucoup plus unifié. Maintenant, on a remplacé le catholicisme par des intérêts particuliers, certains frôlant le sectarisme – pensons ici au véganisme. Certains parmi eux se croient angéliques parce qu’ils n’utilisent pas de savon testé sur les animaux. Au lieu de se confesser à l’église comme faisaient leurs grands-parents, ils se purifient en boycottant des produits d’origine animale. D’autres se définissent en tant que libertariens. D’autres sont des athées radicaux qui pensent que la laïcité résoudra tout. L’indifférence face au mouvement souverainiste, par exemple, en est un des résultats. Nous ne sommes plus unifiés, voilà pourquoi nous sommes faibles.

Dans le livre « The True Believer », Eric Hoffer dit qu’aucune doctrine, aussi sublime soit-elle, ne sera prise au sérieux si elle n'est pas présentée comme l'incarnation de la seule et unique vérité. C'est pourquoi une doctrine ne doit pas être comprise, mais qu’elle doit être crue. L'important est que la nouvelle classe de prêtres et de prêtresses parle de ses idéaux avec conviction et confiance. Dans ce contexte, l'auditeur se dira : « hum, leurs preuves sont faibles, mais ils ont tellement de conviction dans leur voix que ça doit être la vérité ! » 

Je crains pour l'avenir lorsque je vois des « soy boys » et des filles qui portent des lunettes hipster, parler d’« empathie » et de « compassion ».

mardi 3 avril 2018

Reconnaître le fascisme ?


Il y a quelques années, j'ai lu l’essai « Reconnaître le fascisme » d'Umberto Eco. Récemment, j'ai vu que l’émission « Plus on est de fous, plus on lit » en parle du point de vue problématique de Pierre-Luc Brisson et de Marie-Louise Arsenault. Alors, il fallait que je rédige quelque chose là-dessus !


Cet essai prend une position réactionnaire, basée sur l’émotion. Il a une apparence de logique et de cohérence, mais il ne se sert qu’à des catégories d’idées larges et vides, telles que la liberté, la démocratie, les droits, l'égalité, etc. Ici, Brisson donne une « analyse » de cinq minutes du texte. Ne vous attendez pas à une familiarité avec la théorie mathématique, la philosophie continentale ou la méta-logique. Ici, vous aurez de la philosophie pop et de la psychologie pop. Des universitaires comme Umberto Eco (et, par extension, Brisson) vantent toujours des codes universels de normes morales d'éthique. Puis ils épousent le relativisme total. Ils sont représentatifs de la Gauche universitaire moderne, comme on le voit dans les arguments d'Eco.

Eco parle d'avoir aimé l'Italie fasciste en tant que gamin. Puis il a entendu à la radio la « Voix de Londres » (anglophone bien sûr), et a commencé à changer d'avis. Il a finalement abandonné le « fascisme » grâce au chewing-gum (oui, il dit ça), qui lui a transmis les possibilités de liberté. Il y avait aussi un Américain noir (un des soldats alliés) qui avait des bandes dessinées qui l’ont tellement impressionné que, sapristi, c'est donc ben hot aux États-Unis ! (Petite note : des libéraux intellectuels ultra snobs européens comme Eco, normalement ils détestent l'Amérique)

Eco parle d'Evola, d'Ezra Pound et du mysticisme du Graal, qualifiant tout cela d'idiot (même s'il a fait beaucoup d'argent à ce sujet, comme dans Le pendule de Foucault). Il pense que c'est ridicule l'idée de « l'art corrompu ». Je m’excuse, mais il y a de l'art corrompu. Les choses qu'il mentionne, comme le cubisme, cela est dégénéré (même l'école de Francfort l’a dit). Mais pour Eco, la culture toxique n'est pas réelle.

Il critique le « fascisme éternel » (Ur Fascisme), une « guerre éternelle » que la gauche doit combattre. Ceci dit, qu'est-ce que je dois comprendre pour ne pas devenir « Ur Fascistes », selon cette incarnation de l’intellectuel européen progressiste socialiste libéral d’Eco ? Tout simplement, je dois être contre toute forme de tradition, parce que celle-ci rejette la modernité. Les « fascistes » rejettent le libéralisme moderne des Lumières au profit de l'irrationalisme. Mais le hic – cela suppose que les Lumières étaient rationnelles, ce qui n'a pas été démontré.

Eco dit que les fascistes encouragent l'héroïsme et que les soldats ne sont que des idolâtres des héros qui aiment jouer avec leurs armes à feu. Selon Eco, cela montre qu'ils ont un problème phallique. Il pense se montrer intelligent en critiquant l'héroïsme. Mais au fond, Eco se voit sûrement comme un héros libéral. Avec toutes ses félicitations et récompenses académiques, ses livres et les films d’après ses œuvres, je ne peux que deviner qu'il se prenait pour supérieur (voire héroïque). Son soi-disant démantèlement de l’idée du héros ne semble pas crédible. En outre, il a décrit plus tôt dans l'essai les Alliés comme des héros. Les Alliés sont-ils également soumis à l'obsession phallique de leurs armes ? Deuxièmement, sommes-nous supposés croire qu'il y a un problème sexuel chez les gens de droite ? La bestialité, la pédophilie, les fouets BDSM et les menottes (à la Michel Foucault) ne sont pas promus par les sympathisants de la droite. C’est plutôt les gens dans le camp d'Eco qui encouragent de telles choses. Ce sont des gens comme Michel Foucault qui sont allés aux saunas la nuit et ensuite ont écrit des livres sur la « punition ».

Eco pense que c’est la droite qui est orwellienne, mais rien n'est plus orwellien que le libéralisme britannique. Pensait-il vraiment qu'Orwell parlait de Mussolini ? Orwell parlait du socialisme fabien, qui est la version du libéralisme préférée par Eco (et Brisson, j’imagine). La novlangue et libéral-langue sont tous deux issus de la tradition libérale d'Eco. Mais quiconque est en désaccord avec eux est qualifié de fasciste.

Eco croit que la majorité démocratique est sacrée, mais il a désacralisé l'univers entier avec sa vision libérale du monde. Peu importe, il conteste qu’il y a pourtant une sainteté inhérente chez les masses démocratiques (qu'il méprise d’ailleurs). Brisson a répété la cassette du « populisme » (un autre mot dénué de sens, comme le fascisme) sur la façon dont, dans le Midwest américain, il s'est enraciné du « populisme » après la délocalisation des emplois. Eh bien, s'il n'avait soudainement aucun travail, lui, et aucun revenu, ne serait-il pas contrarié aussi ? Ce n’est pas tout le monde qui peut être pseudo-intellectuel, vivant des bourses pour faire de la recherche inutile (inutile dans le sens de sa vision libérale du monde). Le libéral démocrate ne respecte pas les droits individuels. Les Antifas/justiciers sociaux tabassent tous ceux qu'ils n'aiment pas. Pourquoi ? Parce qu'ils sont possédés (comme disait Dostoïevski dans « Démons ») par leur idéologie. Si vous êtes un homme blanc hétéro, vous êtes un fasciste.

Eco dit que « Ur fascisme » pourrait revenir à tout moment et qu’il est de notre devoir de le découvrir et de le pointer du doigt. Eh bien, je pointe mon doigt vers Eco (et ceux qui le suivent). Et je ne parle pas de mon index. La position d'Eco est le vrai fascisme. Son fascisme libéral est le pire, parce qu'il prêche la tolérance, alors qu'il détruit la vraie tolérance.