lundi 16 décembre 2019

Suppression de l’histoire : le cas du Père Hennepin du Minnesota


Au cours de l'été 2019, j'ai visité le Capitole de l'État où j'ai grandi – le Minnesota. En parcourant les couloirs et les différentes salles, on constate que les mots « Étoile du Nord » sont affichés à plusieurs endroits, ainsi que quatre noms figurant dans la chambre de la Cour suprême : Hennepin, Du Luth, La Salle et Perrot.


Au Minnesota, on entend parler de l’influence scandinave, ce qui est vrai. Beaucoup de gens sont d'origine suédoise et norvégienne - moi y compris. Cependant, on n'entend presque jamais parler de la francophonie canadienne de l’État. Il existe des dizaines de lacs, de rivières, de villes et de comtés qui portent des noms français, trois des plus grandes villes, Saint Paul, Duluth et Saint Cloud ont été fondées par des Canadiens-français et le drapeau porte l'emblème « L'étoile du nord ».

J'avais remarqué une pensée similaire dans le documentaire, Un rêve américaindans lequel l'écrivain Philip Marchand a souligné ce qui semblait être un effacement délibéré de l'empreinte française en Amérique du Nord:
« J’ai grandi en Nouvelle-Angleterre et la version de l'histoire qu’on nous enseignait, c’était que les courageux colons britanniques se sont d’abord installés sur les côtes. Puis, ils se sont tournés vers l’intérieur du continent en traversant les Appalaches pour finir par atteindre le Mississippi, qu’on nous décrivait comme une région totalement sauvage. En réalité, lorsque les Britanniques sont arrivés ici, il y avait déjà des colonies, des villes, des ferments de civilisation (française et métisse). Cependant, les Américains ont presque effacé cette civilisation de leur histoire. » 


Lors de la visite du Capitole, dans la salle de réception du gouverneur, deux des tableaux manquaient: La signature du traité de Traverse des Sioux et Le père Hennepin découvrant les chutes de Saint-Antoine.


Le père Hennepin découvrant les chutes de Saint-Antoine illustre la première fois que les Européens ont rencontré la seule cascade du Mississippi, les chutes de Saint-Antoine. La peinture comprend également un groupe de Dakota et un Européen (Michel Accault, un compagnon de voyage). Le père Hennepin bénissait la cascade, qui alimentera plus tard de nombreux moulins et brasseries au centre-ville de Minneapolis, tandis que les autres se reposent après le portage.


Certains militants trouvent la peinture rebutante. L'artiste Andrea Carlson a appelé cela un fantasme européen de style faux-classique qui finit par être une superpropagande (contre les Amérindiens ?) et elle voit « des fantasmes romantiques génocidaires d'un peuple ».

Lors d'une consultation publique à Minneapolis, un citoyen a déclaré que les tableaux représentent une « vision naïve et biaisée », tandis qu'un autre a suggéré qu'on pourrait les déplacer au sous-sol du Minnesota History Center dans des boîtes marquées « malentendus du passé ». Le Père Mike Tegeder, curé de Gichitwaa Kateri à Minneapolis, pense que les Amérindiens devraient « revenir à la connaissance de l'histoire pour combattre la discrimination et revitaliser une fierté culturelle » et que « nous avons tous des œillères. »

D'accord, mais est-ce qu’il a, lui, (ou les autres critiques citées ci-haut) une connaissance de l'aspect français de l'histoire du Minnesota ? Font-ils une distinction entre les manières dont les Anglais, les Français et les Espagnols se sont comportés sur ce continent ? Ou est-ce que ces déclarations, grandioses et générales, sur « l'éducation » et « l'histoire » fonctionnent plutôt en faveur d’une certaine vision politique ? Bien sûr, rien de tout cela n'est considéré comme haineux contre les catholiques ou les Canadiens-français.

Dans une lettre adressée au sous-comité des arts de la Commission de préservation du Capitole, le groupe d'Ojibwé de Leech Lake qualifie le tableau du père Hennepin d’« offensif » et de « traumatisante ». Ils trouvent particulièrement insultant le terme « découverte » lorsqu'ils se réfèrent à la découverte/bénédiction du père Hennepin des chutes de Saint-Antoine parce que les tribus amérindiennes occupaient la région depuis environ 12 000 ans. Anton Treuer, professeur de descendance Ojibwé à l'Université d'État de Bemidji, affirme que :
« Il y a une histoire documentée qui remonte à 11 000 ans au Minnesota. Pourtant, nous commençons l'histoire avec l'arrivée du premier blanc et célébrons la suppression des indigènes comme un progrès. »
Je me demande comment ils savent ce qui se passait il y a 12 000 ans. Treuer, se réfère-t-il à des traces archéologiques attestant une présence depuis 11000 ans ? Fait-il simplement référence à la tradition orale ? Si oui, est-ce fiable ? Je ne peux pas parler à la place des autres, mais je trouve la rancune dans la voix de Treuer particulièrement déplorable lorsqu’il agglomère tous ses adversaires politiques comme de vilains « blancs ». Globalement, ces critiques semblent avoir peu ou pas de conception générale de l'histoire du Minnesota. Ils ne font que répéter certains mots buzz comme « offensant », « blanc », « traumatisant » ou « génocide ». Jim Bear Jacobs, de la nouvelle initiative du réseau interconfessionnel et Healing Minnesota Stories (comme ça fait « New-Age »), ne fait pas d’exception :
« La façon dont les autochtones sont représentés dans le Capitole est incroyablement inexacte et offensante, même traumatisante […] on les représente à moitié nus, comme s’ils ne pouvaient s’habiller correctement. »
Jacobs semble être l'une des personnes qui pensent que c'est affreux que la femme dans la peinture soit torse nu. Suggère-t-il par-là que la manière dont les Amérindiens s’habillaient était inappropriée ? Ne se trahit-il pas comme exemple de quelqu'un qui juge les habits selon les normes anglo-américaines du 21e siècle ? Pensait-il qu'ils portaient des espadrilles, des pulls en maille torsadée et des pantalons en coton au 17e siècle ?

Cependant, les femmes étaient souvent seins nus dans les cultures amérindiennes. Si c'était un tel tabou, pourquoi ces Indiennes Witchita ci-dessus poseraient seins nus dans une photo ?


Oui, peut-être que quelqu'un dira que ces Indiennes Witchita ne sont pas des Dakota/Sioux, mais pourquoi devrais-je faire des distinctions entre eux, alors qu'ils ne font, eux-mêmes, aucune distinction entre les ethnies européennes, comme les Anglais, les Canadiens-français, les Acadiens, les Espagnols, les Mexicains, les Norvégiens...?

En outre, l'historien français Gilles Havard constate que bien que les pratiques aient beaucoup varié d’une nation amérindienne à l’autre, il y a des histoires de femmes sioux (dakota) qui chantaient, toutes nues, juchées sur leur canot, durant des heures pour encourager les hommes qui partaient à la guerre. À la page 505 du livre Indian Dances of North America, Reginald et Gladys Laubin racontent l'histoire d'une vieille Indienne sioux, qui se tenait à l'extérieur d'un immeuble du gouvernement à Fort Robinson, au Nebraska, par temps froid, avec seulement une robe de bison enroulée autour de sa taille.

De nombreuses cultures traditionnelles non occidentales acceptent les seins nus, et même dans certaines cultures occidentales. J'ai vu beaucoup de seins pendant mes deux années en Afrique de l'Ouest. De plus, les féministes radicales ne disent-elles pas aujourd'hui que le topless c’est la liberté ? (mais elles disent aussi que la burqa c’est la liberté...) Si nous révisons toute l'histoire par les valeurs de certains « militants », alors la femme aux seins nus dans le tableau susmentionné ne devrait-elle pas être considérée comme progressiste et avant-gardiste ?


***

Alors, par quoi ces gens sont-ils vraiment contrariés ? Même s'ils prétendent connaître l'histoire du Minnesota, les vraies raisons pour lesquelles ils veulent retirer le tableau ne sont-elles pas simplement les tendances socio-politiques actuelles qui regroupent toutes les nations d’origine européenne en Amérique du Nord comme des tueurs de la victime amérindienne impuissante ? De nos jours, on nous fait avaler cette fausse dialectique du « blanc » contre le « non-blanc » (ou dans leur jargon ridicule « racisé »). Dans le cas des Canadiens-français (ou des Québécois), ils ne peuvent être réduits à de simples « blancs ». Il en va de même pour les Scandinaves. De même, il est faux de mettre toutes les nations d'origine européenne dans le même panier, sous l'étiquette trompeuse de « blanc ». Oui, certaines nations amérindiennes ont été victimes de crimes atroces et de génocides (généralement par les Anglais ou les Espagnols ou des conflits interethniques). Cependant, il faut que quelqu'un rectifie l'histoire des Amérindiens et leurs interactions avec les Francophones, tant au Québec qu'à l'extérieur, depuis que les Français ont mis les pieds sur ce continent. Mais cela ne correspond pas au récit sociétal actuel.

La personne citée ci-haut n’a pas la moindre connaissance historique des différentes approches des Anglais, des Français et des Espagnols concernant les Amérindiens. Les Français n'auraient même pas pu tenter de les exterminer, simplement parce qu'ils n'avaient ni les moyens ni la population pour le faire. En plus, ils faisaient affaire avec eux (la traite des fourrures), alors quel intérêt auraient-ils eu de faire disparaître leurs partenaires commerciaux ? Ils se sont également mariés avec eux, mais qui au Minnesota connaît les Métis de la vallée de la rivière Rouge ?

Cela étant dit, lorsqu’on retire ses œillères, quelle est l’histoire réelle décrite dans le tableau du Père Hennepin découvrant les chutes de Saint-Antoine ?

À la fin du XVIIe siècle, le Dakota (Sioux) a conclu une alliance avec les marchands français de traite des fourrures. La première rencontre enregistrée entre les Sioux et les Français s'est produite lorsque Pierre-Esprit Radisson et Médard des Groseilliers ont atteint ce qui est maintenant le Wisconsin, au cours de l'hiver 1659-1660. Plus tard, les commerçants et missionnaires français en visite comprirent Daniel Greysolon du Luth et Pierre-Charles Le Sueur (de nombreuses municipalités, comtés et rivières au Minnesota utilisent leurs noms aujourd'hui).

Selon le livre North Woods River: The St. Croix River in Upper Midwest History par Eileen M. McMahon et Theodore J. Karamanski, les Dakota ont commencé à en vouloir à la nation ojibwée, qui faisait affaire avec certains de leurs ennemis héréditaires et, à la suite des batailles interethniques, ils ont perdu leurs terres traditionnelles autour du lac Leech et du lac Mille Lacs dans le centre du Minnesota. On les a forcés à aller au sud du Mississippi et de la rivière Sainte-Croix. Ces conflits intertribaux se sont également avérés dangereux pour les commerçants de fourrures.

Par exemple, en 1736, un groupe de Sioux a décapité Jean Baptiste de La Vérendrye et vingt autres voyageurs/coureurs de bois et commerçants cris sur une île du lac des Bois (maintenant connue sous le nom de l'île du massacre) pour s'être alliés à ses tribus ennemies. Le site est marqué par une grande croix en bois au milieu de l'île. Cet incident a déclenché des décennies de guerre entre les Sioux (Dakota) et les Ojibwés, alliés des Français et des Cris. Cependant, le commerce avec les Français s'est poursuivi jusqu'à la conquête militaire britannique de la Nouvelle-France à Québec en 1759.

Et qu'en est-il du père Louis Hennepin dans tout cela ? En 1675, à la demande de Louis XIV, quatre missionnaires sont envoyés en Nouvelle-France (un territoire allant de Québec au Mississippi jusqu’au golfe du Mexique). Le père Hennepin a commencé son travail à Québec, fréquentant les tribus amérindiennes environnantes et apprenant leurs langues. En 1678, Hennepin a été choisi pour accompagner René-Robert Cavelier de La Salle dans son exploration du Mississippi (deux des quatre noms figurant sur les murs de la chambre de la Cour suprême du Minnesota dans les photos ci-hautes).

En 1680, alors qu'il cherchait la source du fleuve Mississippi, Hennepin et deux de ses compagnons français (Michel Accault, représenté dans le tableau, et Antoine Auguelle) ont été capturés par une communauté des Dakota près du lac Mille Lacs. Quelques mois plus tard, Hennepin et Auguelle ont reçu la permission des Dakota de descendre le Mississippi en canot jusqu'à l'embouchure de la rivière Wisconsin. Pendant ce temps, ils ont d'abord rencontré une cascade sur le Mississippi que Hennepin a nommé en l'honneur de son saint patron, Saint Antoine de Padoue (également le saint que l’on prie lorsqu’on perd quelque chose).

Pendant ce temps, Daniel Greysolon du Luth (la ville de Duluth et la rue montréalaise portent son nom) avait entendu des rumeurs selon lesquelles les trois hommes étaient détenus. Le 25 juillet 1680, Greysolon est arrivé au village des Dakota pour négocier leur libération. En août, les trois captifs avaient commencé leur voyage de retour vers la vallée du Saint-Laurent (Québec).

Trois ans plus tard, de retour en France, Hennepin a publié un compte rendu de cette époque. Il a déclaré que les Dakota l'avaient bien traité, notant qu'ils étaient les plus intéressés par les nouvelles technologies et par le partage des connaissances interculturelles. Les écrits de Hennepin documentent les coutumes et le mode de vie du Dakota/Sioux et le fait que les tribus environnantes considéraient les guerriers dakotas comme extrêmement courageux et habiles dans leur utilisation de l'arc et des flèches. (Société historique du Minnesota)

En 1930, la ville de Minneapolis a élevé une statue en son honneur, l'une des rues principales de la ville, l'avenue Hennepin porte son nom, ainsi que le comté environnant et le parc national Père Hennepin dans le sud de Minneapolis.

Au Québec, il est plus ou moins connu que la relation entre les Canadiens-français et les Amérindiens a été celle du commerce et fut généralement positive (les seconds voulaient des technologies comme les armes à feu et les marmites en fonte et les premiers voulaient des fourrures de castor et des connaissances des voies navigables). Les Anglophones l'ignorent largement et, par conséquent, les « blancs » sont alors tous regroupés comme des agresseurs impitoyables.


***

Où iront donc les deux tableaux « controversés » ? Selon l'ancienne représentante de l'État, Diane Loeffler, tri-présidente du sous-comité des arts de la Société historique du Minnesota : « Si 2% de la population est offensée par la façon dont elle est représentée dans cette œuvre, alors c'est 2% de trop. » Malheureusement, la vision bienpensante d’une petite minorité semble avoir gagné au Minnesota, car les deux tableaux en question sont maintenant dans une pièce plutôt isolée du Capitole, à l'étage supérieur, en attendant leur jugement final. Quelle belle démocratie !

mercredi 4 septembre 2019

(II) Pour en finir avec le mouvement indépendantiste tel qu’on le connaît

« Les babyboomers ne lègueraient aux suivants qu’un État-providence « déficient et gangréné ». Il faut remettre en question les sacro-saints « acquis » de la Révolution tranquille qui « se disloquent » et « partent en lambeaux ». Or, s’il y a quelque chose qu'ils nous ont appris, ce sont les conséquences familiales et sociales désastreuses et directes de la tabula rasa du passé sur le futur. Leurs enfants étaient sacrifiés à l’idole de l’individualisme. »
Christian Saint-Germain, Québec circus

Deuxième partie d’une série de deux textes - lire la partie 1 ici
Quand je croise les nationalistes québécois bien-pensants, qu’ils soient de jeunes citoyens-du-monde dénationalisés ou des boomers anticléricaux, qui parlent du Parti québécois comme si l’on était en 1976, tout le monde se plaint qu’il n’y a plus d’esprit militant au sein de la population.


Le problème, justement, c’est qu’on n’est plus en 1976. Il se peut que les babyboomers aient eu de bonnes intentions, mais leur stratégie a malheureusement échoué – comme l’illustrent les résultats des référendums de 1980 et de 1995. Or, plutôt que d’admettre leur échec, la plupart des membres de cette génération persistent à mettre de l’avant la même vieille vision des choses. Les boomers continuent pourtant de propager leur discours des années 1970 comme si c’était toujours adapté à la réalité de 2019.

Beaucoup de boomers se croient courageux, mais, à mes yeux, ils ne sont qu’au service du politiquement correct. Leurs rejetons, ces jeunes souverainistes déracinés, sans orientation politique précise, font aussi partie du problème – tout comme Québec solidaire et beaucoup au sein du PQ et le Bloc. Tous ces gens parlent de « souverainisme moderne et ouvert », dissocié des idées dites « passéistes » voire « racistes », trop contents d’afficher leur supériorité morale.

Les textes préparés dans le cadre du colloque Maurice Séguin au début de 2019, auxquels j’ai fait référence dans la première partie de ce billet-ciet ensuite publiés dans L'Action nationale, illustrent à quel point le problème est profond. Parmi les participants du colloque, on y trouve plusieurs délégués du « nationalisme officiel et acceptable » (Denis Monière, Robert Laplante, Martine Ouellet, etc.). Les tenants de ce que nous appellerons ici le nationalisme « officiel et acceptable » propagent une vision « interculturelle » reposant sur un nationalisme territorial et qui ne se distingue guère du multiculturalisme.

Ma lecture a confirmé ce que je pensais déjà : il y a trop de nationalistes québécois d’un certain biais qui contrôlent notre récit historique. Ici, je parle de la vision issue de la Révolution tranquille qu’a la majorité des Québécois : on vivait dans une grande noirceur avant les années 1960 et, grâce à la Révolution tranquille et au rejet de l’Église catholique, le Québec est entré dans la « modernité ». À partir de là, la route vers l’indépendance s’est ouverte.

Le problème, c’est que non, justement, l’indépendance n’est pas venue.

Bref, la vraie « Grande Noirceur », c’est maintenant.

À mes yeux, l’esprit du nationalisme du colloque sur Maurice Séguin publié dans le numéro mars/avril de L’Action nationale se veut trop opportuniste, recherchant excessivement les louanges des « grands de ce monde » (les journalistes, les syndicats, les universitaires). Leur plus grande peur, c’est de se faire accuser à leur tour de « racisme ». Ils jugent à l’apparence, ce qui n’est guère digne d’un mouvement intellectuel. Propagent-ils une doctrine nationale ou se sont-ils transformés en police de la pensée ? Si les nationalistes bien-pensants et les souverainistes bon-chic-bon-genre croyaient vraiment à « l’union des forces indépendantistes », ne seraient-ils pas plus ouverts à collaborer avec tous les nationalistes ? Le projet nationaliste n’est-il pas une coalition ?

Or, la tendance parmi « l’establishment souverainiste » c’est de dégager le nationalisme québécois de l’image groulxiste. Les groulxistes sont trop souvent, et à tort, qualifiés d’« d’extrême‐droite ». Pourtant, les auteurs de ce colloque ne sont nullement considérés « d’extrême‐gauche », même si l’on aurait raison de le croire (par exemple, Robert Comeau est un ancien felquiste, auteur de plusieurs ouvrages d’inspiration marxiste).

Les jeunes d’aujourd’hui n’ont aucun souvenir du Québec d’autrefois. Ils ne connaissent que le Québec dit moderne et technocrate. C’est pour cela qu’on dit que la souveraineté est un projet générationnel des boomers. Le lien avec le Québec d’autrefois fut coupé avec eux. Ils ont choisi de se déraciner et cela a mené à la mentalité contradictoire d’un nationalisme souverainiste-citoyen-du-monde qu’on voyait chez Option nationale, avalé et digéré par Québec solidaire, ainsi qu’au naufrage péquiste de 2018.

Pourtant, certains indépendantistes boomers bon-chic-bon-genre persistent à naïvement croire en la bonne foi souverainiste de Québec solidaire :


Les Denis Monière et Robin Philpot du monde ne voient-ils pas que les Zanetti, les Dorion et autres de cet acabit sont la suite logique de l’esprit de la Révolution tranquille ? Ils se désespèrent de la folie des QSistes qui traitent le nationalisme québécois comme quelque chose de raciste, mais en même temps, continuent à prôner les mêmes idées qui ont donné naissance aux délires solidaires-intersectionnels ! D’ailleurs, Québec solidaire, un parti qui se prétend indépendantiste, ferait sûrement en temps voulu son coming-out fédéraliste si cela lui permettait de prendre quelques anciens châteaux forts libéraux montréalais.

Au Québec, la seconde moitié du XIXe siècle fut marquée par le choc idéologique entre ceux défendant le principe de la primauté de l’Église sur l’État qu’on appelle les ultramontains, et les libéraux, qui prônaient les principes laïcs de la Révolution française. Les historiens, plus enclins au libéralisme qu’au catholicisme, ont ridiculisé le discours ultramontain comme un brouhaha paranoïaque du clergé, tandis qu’ils vénéraient « l’ouverture d’esprit » de l’archevêque de Québec, Mgr Taschereau (un prédécesseur de l’École de Québec), qui cherchait à neutraliser le rôle du clergé dans les élections.

Ce courant a rejeté Dieu, car ils se croyaient eux-mêmes des dieux. Ils ont voué un véritable culte à la « Science ». Aujourd’hui, le peu d’enfants qu’ils ont fait ont grandi dans un vide spirituel, et se déguisent en antifa en se moquant de la dernière génération souverainiste. J’affirme qu’il faut avoir une vision intégrale et non seulement matérialiste de la société. Pour moi, rien n’est plus évident que l’athéisme suffisant, le matérialisme et le mépris pour le passé du Québec ne mèneront jamais à notre indépendance. Même un de leurs saints civiques, Denys Arcand, a récemment fait allusion à notre vide actuel à la suite de la quasi-disparition de la pratique religieuse catholique.

Si les babyboomers bien-pensants croient qu’ils ont triomphé de ce qu’a représenté Groulx, je ne peux que les voir de la même manière : des vieux qui ont aussi échoué l’indépendance pendant que les jeunes croient triompher du « racisme » desdits boomers. En plus, nous sommes aujourd’hui plus appauvris que jamais. On a perdu la foi catholique. On est en train de perdre notre langue française. Mais peu importe ! Les nationalistes souverainistes s’entêtent et croient pouvoir infléchir le cours des choses – une stratégie aussi illogique qu’infructueuse.

lundi 19 août 2019

(I) Pour en finir avec le mouvement indépendantiste tel qu’on le connaît

Première partie d’une série de deux textes
Peu importe où je vais, je tombe toujours sur des nationalistes québécois bien-pensants bon-chic-bon-genre. Qu’ils soient de jeunes déracinés « ouverts sur le monde » ou des boomers anticléricaux, qui parlent du Parti québécois comme si l’on était en 1976, leur nombrilisme empêche toute véritable réorganisation d’un bloc politique souverainiste. Ensuite, on se plaint qu’il n’y a plus d’esprit militant au sein de la population. Paris brûle-t-il ?


Lors du lancement d’un nouveau magazine indépendantiste, j’ai brièvement parlé avec le militant et professeur à la retraite Denis Monière. J’ai souligné les différences que je voyais entre le nationalisme de Québec et de Montréal, ce qui m’a amené sur le sujet des deux grandes interprétations de notre histoire : celle de l’école de Québec et celle de l’école de Montréal.


M. Monière m’a raconté que Lionel Groulx, celui qui était à l’origine de l’école de Montréal, n’était pas souverainiste, que quelques historiens préparaient un colloque sur Maurice Séguin (successeur de Groulx) et que je pourrais y découvrir pourquoi Groulx n’était pas souverainiste. Cela m’a étonné, connaissant un peu l’œuvre de Groulx.

Des mois plus tard, le colloque sur l’historien souverainiste de l’Université de Montréal, Maurice Séguin, a eu lieu et les textes ont été ensuite publiés dans le numéro mars/avril 2019 de L’Action nationale. J’y ai lu deux textes, « L’abbé Lionel Groulx : quel nationalisme, quelle indépendance ? » d’Yvan Lamonde et « Maurice Séguin, un critique radical de l’interprétation historique de Lionel Groulx » de Robert Comeau. Peut-être que parler de l’anticléricalisme a l’air ringard de nos jours, pourtant, ces auteurs vieillissants ressentaient le besoin de « prouver » que notre historien national n’était pas souverainiste (ou le genre de souverainiste qu’ils auraient préféré). Cet extrait résume bien leur vision.
« Groulx voyait [Séguin] comme son ennemi […]. [La vision de Séguin] était plutôt une critique radicale d’une histoire idéaliste et foncièrement religieuse. Il a élaboré une interprétation matérialiste, et scientifique dans le nouveau contexte post-Seconde Guerre mondiale. Les fondements du nationalisme religieux de Groulx ne répondaient plus à l’époque [des années 1960]. » (L'Action nationale, p. 89)
Je ne crois pas à cette histoire d’ennemi. Au contraire, la vision du monde de Lionel Groulx (1878-1967) et celle de Maurice Séguin (1918-1984) se conjuguent bien. C’est vrai que l’indépendantisme de Séguin était plus affirmé que celui de Groulx, tandis que le nationalisme de Groulx était plus intégral.

Pourquoi ? Parce que Séguin était libéral et que Groulx était catholique. Je crois que Groulx a mieux compris et défendu l’identité nationale canadienne-française, devenue québécoise par la suite. Toutefois, la realpolitik de Séguin est louable. Il a bien montré la nature fondamentalement inégalitaire de la relation entre les deux peuples fondateurs du Canada. Si Groulx se faisait encore des illusions sur l’esprit binational du Canada, c’est parce qu’il n’avait pas encore le recul du temps. Sans Groulx, la pensée de Séguin n’aurait jamais existé. Les travaux précurseurs de Groulx lui ont permis d’être plus réaliste par rapport à l’échec de la théorie des deux peuples fondateurs.


Pourquoi alors cette tentative de discréditer Lionel Groulx ?
« Groulx, un clerc d’origine rurale, né au XIXe siècle ; Séguin, un urbain qui aborde l’analyse avec une approche non plus religieuse, mais s’appuyant sur des fondements laïques et scientifiques. Face au traditionalisme, l’École de Montréal s’inscrivait dans la modernité. » (p. 80)
Sommes-nous dans la fable du rat de la ville et le rat des champs ? Pourtant, l’allégorie de la fable de La Fontaine se déroule ainsi : les urbains se croient, à tort, supérieurs à ceux de la campagne. Pourquoi croit-il que Groulx, qui venait de Vaudreuil et qui a aussi vécu plusieurs années à Montréal, entouré d’intellectuels, est, d’une certaine manière, inférieur au rat de la ville ? Cela dit, M. Comeau a l’honnêteté de reconnaître : « le rôle exceptionnel joué par Groulx comme éveilleur de conscience nationale. » (p. 81) D'ailleurs, Séguin était natif d'une communauté rurale de Saskatchewan. Il n'était pas plus urbain que Groulx ; il n'a jamais été le germe d'un militant.

Cette vision manichéenne du monde n’est qu’une interprétation du Québec pondue par des anticléricaux, typiques de leur époque. Les textes de MM. Lamonde et Comeau sont remplis de citations de Groulx pour « prouver » son fédéralisme.
« Groulx ne manque pas l’occasion de faire valoir qu’il n’est pas un séparatiste » (p. 61).
« [Groulx] dit ne plus comprendre la jeune génération qui lui paraît prise d’une rage furieuse de faire table rase du passé et de tourner le dos à ses aînés » (p. 65).
« Nous serons catholiques ou nous ne serons rien. » (p. 67).
« C’est le phénomène hélas d’un peuple décadent que cet acharnement à salir son lit et à détruire sa propre histoire » (p. 68).
À deux semaines de son décès le 23 mai 1967, Groulx s’est prononcé « pour une idée à laquelle je resterai fidèle toute ma vie, qui n’est pas le séparatisme, mais qui est l’État français. »

Mais que veut-il dire par « séparatiste » ? Et si le terme « séparatiste », dans ce contexte, faisait référence à cette génération Révolutionnaire-tranquille qui ne veut rien savoir du catholicisme ? MM. Lamonde et Comeau ne disent rien là-dessus. L’État français de Groulx, pour eux, c’est une rêverie, une chimère. Un État qui peut exister dans la confédération. Ils ont l’air de reprocher à Groulx de faire du catholicisme un critère incontournable de l’État français.
« En 1922, Groulx juge que la Confédération a échoué parce que le pacte a échoué. » (p. 82)
En effet, ledit pacte fait référence à la théorie des deux peuples fondateurs du Canada, théorie en laquelle les anglophones n’ont jamais cru. Pourtant, dire que le soi-disant pacte a échoué, n’est-ce pas là une manière de nourrir le courant souverainiste ? Le souverainisme ne vient pas de nulle part et celui de Groulx était certes moins affirmé que celui de Séguin. Mais cela n’est pas anormal, car Groulx précédait Séguin chronologiquement. En fait, ce qui semble surtout choquer M. Comeau, c’est que, pour Groulx, souverainisme se conjuguait avec catholicisme – une chose qu’il ne peut pas accepter.
« Groulx a pris ses rêves pour la réalité. Et cet enseignement rassurant ne fut pas sans conséquence négative pour le peuple québécois. À partir d’un constat erroné, on a construit des scénarios irréalistes. » (p. 84)
En 1922, la revue L’Action française (ancien nom de L’Action nationale, alors dirigée par Groulx) se prononça en faveur de l’indépendance du Québec. Son séparatisme était plutôt timide, même utopique, puisqu’il supposait que la Confédération canadienne disparaîtrait d’elle-même dans la foulée du déclin de l’Empire britannique. Lionel Groulx liait son combat identitaire à la fondation d’un État français en Amérique du Nord. Il avait la lucidité de voir que ce n’était pas un programme politique immédiatement exécutable, mais plutôt un idéal pour lequel nous pourrions un jour nous mobiliser :
« Être nous-mêmes, absolument nous-mêmes, constituer, aussitôt que le voudra la Providence, un État français indépendant, tel doit être, dès aujourd’hui, l’aspiration où s’animeront nos labeurs, le flambeau qui ne doit plus s’éteindre. » (Notre avenir politique, L’Action française, janvier 1922)
Cependant, l’allégorie groulxienne d’un « État français » est beaucoup plus que la simple souveraineté du Québec. L’interpréter autrement serait réducteur. Il s’agissait surtout d’une politique de nationalisme « total » qui devait imbiber tous les niveaux de la vie canadienne-française – un concept de politique intérieure, ce qui déborderait le matériel. Dans sa bonne foi (qu’il est facile de considérer comme naïve aujourd’hui), l’État français pouvait même se bâtir dans le cadre de la Confédération canadienne, à la condition sine qua non que la majorité anglaise admette et reconnaisse la dualité nationale du Canada et qu’elle concède au Québec son autonomie politique. Aujourd’hui, on sait que la majorité canadienne-anglaise ne fera jamais cela.

Malgré toute sa bonne foi, le Chanoine Groulx – deux ans à peine avant sa mort – s’est aussi mis à douter de l’ouverture du Canada anglais. Aussi, en entrevue à Radio-Canada le 12 décembre 1963, disait-il (à partir de 6:28) :
« Je l’ai dit, dans la mesure où je puis le dire comme prêtre, je crois que nous échapperons difficilement [à l'indépendance] […] Nous avons, je crois, nous aurons toutes les peines du monde…. si la province de Québec veut véritablement réaliser son destin, à ne pas viser jusqu’à l’indépendance – je vais jusque-là. Il faudra du temps, il faudra y mettre la manière, il faudra des hommes. […] Comment voulez-vous que nous puissions nous soumettre longtemps à des législations communes ? Nous l’avons tenté sous l’union des deux Canada avec vous savez quel succès (ton ironique). Nous l’avons tenté depuis 1867 ayant un gouvernement, mais qui se laissait surtout gouverner par Ottawa. Vous voyez à quel fâcheux aboutissement nous sommes à l’heure qu’il est. Faut-il recommencer l’expérience ? Qu’est-ce qui nous garantit que l’expérience, à l’heure qu’il est, peut donner véritablement d’autres résultats ? C’est contre-nature. Le seul moyen alors c’est de s’entendre. Aucun peuple ne peut entièrement s’isoler. Nous aurons toujours besoin d’entretenir avec nos voisins des relations politiques, diplomatiques, économiques – même culturelles. Nous aurons toujours besoin… seulement, nous pouvons le faire sur le pied ou le plan de l’indépendance. »


Comment est-il encore possible de douter que Lionel Groulx fût indépendantiste ? Seule une mauvaise foi évidente permettrait de soutenir le contraire. Or, la question se pose : pourquoi les boomers et leurs rejetons politiques veulent-ils ternir la réputation de Groulx ? Pourquoi ne pas chercher à créer une vraie coalition de tous les indépendantistes, et non seulement les bon-chic-bon-genre et les bien-pensants dits « inclusifs » ? Pourquoi demeurer figés dans une vision du monde obsolète de la Révolution tranquille ? Pourquoi ne pas voir des alliés dans les indépendantistes d’inspiration groulxiste?

Il paraît que les auteurs de ce colloque préfèrent se parler entre eux. Le hic, c’est qu’il n’y a plus personne qui les écoute. À suivre.

(lire la suite ici)

samedi 18 mai 2019

La religion de Luc Ferrandez



Je n’ai jamais été fan du maire d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez. J'ai entendu les mêmes choses que tout le monde : il a transformé le Plateau en un labyrinthe infranchissable pour les automobiles et de nombreuses entreprises (qui font le charme du quartier) en ont beaucoup souffert. Récemment, il a annoncé sa démission dans une longue tirade sur Facebook, évoquant des divergences irréconciliables avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Apparemment, Plante veut faire plaisir à tout le monde et n’a pas de plan écologique suffisamment totalitaire. Je suppose qu'il a raison quand il dit qu’elle doit remporter les élections et ne peut rien faire de trop radical. 

Je n'ai jamais été fan de Valérie Plante non plus, ni de son parti municipal, Projet Montréal. Ce qui m’irrite le plus, c’est son attitude antinationaliste, imprégnée du culte de la « diversité » qui entretient artificiellement les « minorités visibles ». J'ai toujours dit que ces « minorités » à Montréal ne sont pas vraiment des minorités. Pourquoi un Pakistanais ou un Nigérian serait-il considéré comme une minorité alors qu'il y en a à peut près 200 millions dans chacun de ces pays ? Au Québec, il n’y a qu’environ 7 millions de Québécois (sur une population de 8,4 millions). Mais hélas, Valérie Plante veut être à la tête d’une ville internationale et ne se considère pas comme la maire de la métropole de l'Amérique française. Denis Coderre était pareil.

Alors, quand j’ai appris la nouvelle que Luc Ferrandez démissionnait, j'ai pensé : bon débarras.


Ensuite, j'ai entendu Ferrandez en entrevue avec Patrice Roy. Il a dit beaucoup de choses que je trouvais douteuses, mais je n’en ais pas cru mes oreilles lorsqu’il a dit, avec désinvolture, à la fin de l’entretien :
« Je regarde mon fils et je me dis : “Lui, c’est la première génération qui n’aura pas le droit de procréer”. Ça, c’est un sentiment assez urgent pour que je [démissionne]. »
Donc, si je comprends bien, Ferrandez est favorable aux lois rendant illégales les familles. Ce qui m'a surpris, c’est à quel point il a déclaré cela d’une manière nonchalante – comme si ce n'était rien. Les élites politiques semblent cacher de moins en moins leur mépris total pour l’humanité, bien que cela soit en arrière-plan depuis un certain temps. 

Les origines du mouvement écologiste remontent aux groupes de réflexion tels que le Club de Rome, dont la production inclut The First Global Revolution. Ce livre promeut la fin de l’industrialisation et la « durabilité », dans un style susceptible de vous décrocher la mâchoire, et admet que la révolution dite « verte » a été inventée de toutes pièces :
« Dans la recherche d’un ennemi commun contre lequel nous pouvons nous unir, nous sommes arrivés avec l’idée que la pollution, la menace du réchauffement climatique, les pénuries d’eau, la famine et autres, ferait l'affaire. Dans leur totalité et de leurs interactions ces phénomènes constituent une menace commune qui doit être confrontée tout le monde ensemble. Mais en désignant ces dangers "ennemis", nous tombons dans le piège, contre lequel nous avons déjà mis en garde les lecteurs, à savoir la confusion entre les symptômes et les causes. Tous ces dangers sont causés par l’intervention humaine dans les processus naturels, et ce n’est qu’à travers un changement d’attitude et de comportement qu’ils peuvent être surmontés. Le véritable ennemi, alors, c’est l’humanité elle-même ». (p. 75)
Voilà. Ce livre admet que le paradigme actuel dans lequel on vit a été inventé avec la ferme intention d’être antihumain. Celui-ci est orienté autour d’une nouvelle religion nommée environnementalisme ayant comme objet de culte la Mère-Terre-Gaïa (j’ai déjà traité de ce sujet ici). Le culte de la création (matérialisme) et non du créateur est un paganisme classique. Les bobos, urbains et branchés sont obsédés par l’environnementalisme et célèbrent leurs nouveaux jours sacrés, comme le « Jour de la Terre ». Mais ils ne sont que des outils dupés. Ils adorent parler de leur pseudo-environnementalisme, mais ne parlent jamais de vraies préoccupations environnementales telles que le glyphosate dans l’alimentation, les phytoestrogènes dans l’eau, la géo-ingénierie, les aliments et les animaux génétiquement modifiés, le déversement de millions de litres d'eaux usées non traitées dans le Saint-Laurent, etc. Tout cela s'aggrave avec la disparition des familles, le déclin des économies locales et la désintégration de la culture.

Ensuite, dans l'émission de Bernard Drainville, Ferrandez dit que, d'ici 2030, la société québécoise sera suffisamment mûre pour élire un « tyran progressiste ». De toute façon, même si le Québec tel qu’on le connaît disparaissait et redevenait une grande forêt boréale vierge, cela n’affecterait les émissions mondiales de GES que de 0,16%. Ce n’est même pas la moitié d’une ville comme Delhi. Et pour chaque Québécois, il y a 172 Chinois !  Alors calmez-vous, mon cher Luc, et acceptez votre insignifiance sur cette planète.

Pour revenir à l’entrevue avec Patrice Roy, il dit que son sentiment d’urgence l’amène à vouloir interdire la procréation: 
« La plus grande joie d’un humaine, on va la priver à nos petits-enfants ». [sic]
Silence sur l’immigration massive qu’on vit. Non, c’est nous qui devons cesser de faire les enfants, tout en acceptant de prendre de plus en plus d’étrangers – en si grand nombre, en fait, que leur intégration et assimiliation deviennent impossible. Peu importe, nous devons réduire la population en cessant de  procréer. Curieusement, on nous dit aussi que nous avons besoin d’accroître le nombre d’immigrants parce que nous ne faisons pas assez de bébés.

Alors, que veulent-elles vraiment nos élites, ou celles au-dessus de nos élites ? Vont-ils suivre le récit de L’Âge de cristal (Logan’s Run)? Rappelez-vous l’histoire de ce film : afin d’empêcher la surpopulation et de protéger l'environnement, la vie des individus est limitée à 30 ans, âge auquel chacun est invité à une cérémonie d’inspiration païenne où, sous couvert de renaissance, son corps est purement et simplement désintégré. Un petit sacrifice pour Gaïa. Gloire à Gaïa !


lundi 15 avril 2019

L’importation de la culture du proxénète au Québec

Aba & Preach

L’année dernière, j’ai vu, par hasard, une vidéo de deux humoristes noirs d’expression bilingue vivant à Montréal, Aba & Preach (j’aimerais les appeler « Québécois », mais ils ont l’air de refuser notre identité). Au sujet de leur contenu presque exclusivement en anglais, je leur ai dit qu’il y a des tas de gens aux États-Unis qui font exactement le même contenu qu’eux et qu’ils devraient se distinguer en faisant quelque chose qui reflète la société à laquelle ils appartiennent : créer en français. Ils m’ont répondu ceci :


Dans une autre vidéo, ils s’insurgent que les Québécois veuillent les forcer à parler le français ; selon eux, être Québécois ne veut pas dire être francophone. Ils reprochent aussi aux Québécois d’être racistes – le tout livré dans le style « proxénète/gangster» propre aux États-Unis.

cliquez pour visionner
Bien qu’ils habitent à Montréal, ils produisent tout en anglais parce qu'ils n'ont probablement consommé que de la culture pop américaine. Ils ne connaissent apparemment rien d’autre de la culture. Leur contenu me rappelle celui d’une chanteuse américaine qui s’appelle Cardi B. Curieusement, la chroniqueuse Aurélie Lanctôt chantait récemment les louanges de cette chanteuse. Voici sa poésie : 
« Look, my bitches all bad, my niggas all real I ride on his dick, in some big tall heels Big fat checks, big large bills Front, I’ll flip like ten cartwheels Cold ass bitch »
Le discours de ces personnes est toujours le même : un soi-disant racisme qui est présent partout, ou encore, une variation sur les thèmes de la drogue ou du sexe. Même des groupes métissés comme les Dead Obies de Longueuil produisent beaucoup de contenu anglophone dans le style « pimp ». Malgré la vulgarité de son propos, ce groupe s’est frayé un chemin sur les ondes de Radio-Canada.


La question qui se pose est la suivante : pourquoi ces personnes sont-elles toujours en train d’importer artificiellement au Québec les problèmes d’intégration raciale des Etats-Unis ? Pourquoi font-ils la caricature noire étatsunienne ? Des personnes comme Aba & Preach, Cardi B. et plusieurs autres sont sans doute complètement inconscients de la façon dont leur vision du monde a été créée pour eux, afin de les empêcher de voir au-delà de la couleur de leur peau. Parlons de l’échec du nationalisme civique au Québec et des fausses identités de certaines minorités ethniques inventées de toute pièce.

***

Dans l'article « The Myth of the Great Black Pimp », Adissa Banjoko voyait un lien entre les révolutionnaires Black Panthers des années 1960 et les « pimps » des années 1970. Le proxénète est l’archétype de ce que Marx appelle les lumpenproletariat – des groupes de personnes qui ne servent qu’à créer des problèmes. Faute de discipline, le lumpenproletariat est incapable de devenir ce que Marx considère comme de « vrais révolutionnaires ».

Après que les Black Panthers furent éteints en 1969, un ancien photographe noir de Time/Life, Gordon Parks, devint ensuite le réalisateur de plusieurs films mettant en vedette les noirs, lançant le genre cinématographique de Blaxploitation. Dans ses mémoires, Gordon Parks indique qu’il a eu accès à Hollywood à la suite de son article pour Time/Life sur les Black Panthers.

On sait maintenant que Time/Life était une société-écran de la CIA. Gordon Parks était l’homme qu’a instrumentalisé Time/Life et la CIA pour pénétrer dans des organisations noires. 
« Le magazine Life avait essayé de pénétrer le monde noir pendant trois ans, sans succès. Les réseaux noirs restés fermés aux journalistes et photographes blancs. Étant donné que je suis noir, Life m'a demandé d’essayer d’y entrer et j'ai accepté. » (A Hungry Heart, p. 214 – traduction libre)
Après avoir quitté Time/Life, Parks a rencontré Jim Aubrey qui lui a remis le scénario du film Shaft, l’histoire d’un détective noir de Harlem, viril et suave. Shaft a été un grand succès, battant des records de fréquentation partout aux États-Unis. Parks a ensuite collaboré avec Aubrey sur deux autres films, The Super Cops et Shaft’s Big Score. Aubrey a remis à Parks le scénario du Superfly, un film présentant le proxénète comme nouveau modèle pour les jeunes noirs. Le fils de Parks, Gordon Parks Jr., a fini par réaliser Superfly. Il est aussi intéressant de noter que la troisième épouse de Parks, Gene Young, pensait que Jim Aubrey était « probablement un agent de la CIA ». (A Hungry Heart, p. 308).


Superfly est devenu le succès du Blaxploitation en 1972. Avant Shaft et Superfly, le noir idéal était un révolutionnaire, du type que symbolisaient le mieux les Black Panthers. Après Blaxploitation, le noir idéal est devenu le « pimp ». Le succès des films de Blaxploitation signifiait qu'Hollywood avait pris le contrôle sur l'esprit noir, ainsi que la fin de la solidarité noire créée par les mouvements des droits civiques des années 1960 et du « Black Power ».

Deux modèles à suivre, créés artificiellement pour encadrer l’esprit de la jeunesse noire.

Parks indique clairement dans ses mémoires que le but du film était de fournir un modèle à la jeunesse noire (A Hungry Heart, p. 317). Il ne mentionne jamais le genre de comportement que devaient inspirer des personnages comme Shaft, et plus tard Superfly, en tant que nouveaux modèles pour la jeunesse noire. De plus, il ne mentionne jamais le dérangement qu’allait causer ce comportement pour affaiblir encore plus la structure de la famille noire. Il ne mentionne jamais l'effet néfaste sur les femmes noires avec la glorification de ces protagoniste-proxénète. La valorisation du « pimp » signifiait qu'il était parfaitement acceptable que les hommes noirs exploitent les éléments les plus vulnérables de leurs propres communautés.

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Selon leurs propres archives, l’Open Society Foundation de George Soros a donné 33 millions de dollars pour la promotion de la tourmente raciale. Ceci est le genre de fait qui a transformé un cas isolé comme celui à Ferguson en cause célèbre nationale (#BlackLivesMatter). À Ferguson, ce qui a apparemment commencé comme des « manifestations spontanées » au niveau local a vite été exploité comme un soulèvement révolutionnaire, avec des manifestations artificiellement gonflées par les fonds d’Open Society Foundation :
« Des autobus de manifestants de la conférence Samuel Dewitt Proctor à Chicago, de la Drug Policy Alliance, de Make the Road New York, d’Equal Justice USA et de nombreux autres, ainsi que des réseaux de la Fondation Gamaliel - tous financés en partie par M. Soros - ont descendu à Fergusson à partir d'août pour organiser des manifestations. » (Kelly Riddel, Washington Post)
Opal Tometi, co-créateur de #BlackLivesMatter, qui dirige « Black Alliance for Just Immigration » a reçu 100 000 $ de financement Soros en 2011. Colorlines, qui s'est fortement impliquée dans la promotion de #BlackLivesMatter, a reçu 200 000 $ de Soros en 2011. L’Organization for Black Struggle et Missourians Organizing for Reform étaient deux autres groupes recevant également un financement de Soros. Il en va de même pour Dream Defenders et bien d’autres. Alors, le problème, est-il réel ou artificiellement créé pour mieux diviser ? Des personnes noires au Québec regardent cela, se croient eux-mêmes victimes et se solidarisent avec d’autres personnes aux Etats-Unis qui n’ont rien à voir avec leur réalité en sol québécois.

On nous dit que les vies des Noirs comptent. En 1972, la jeunesse noire faisait la fil sur plusieurs pâtés de maison pour assister à la glorification du proxénète noir par Hollywood : Superfly. Seulement deux ans plus tard, il y eut 970 homicides à Chicago, un record historique (80% des victimes étaient malheureusement des noirs). Y a-t-il un lien ? Pourquoi d’aillleurs ne parle-t-on pas de ces meurtres ? Serait-ce parce que la fondation de George Soros ne paye personne pour en parler ?

Ainsi, tous ceux qui écoutent de la musique « gangsta rap » et parlent anglais tentent d’importer un phénomène étranger au Québec en inventant de toute pièce des histoires selon lesquelles les Québécois seraient racistes. En important ici des mythes de la culture noire américaine et en basant leur identité sur ces récits, ces personnes ne se rendent même pas compte qu’elles encouragent une culture artificiellement créée à leur intention, par le biais de Blaxploitation et de la musique rap. Ils croient qu’ils sont les descendants spirituels d’un conte mythologique de la sainte civique irréductible Rosa Parks par le seul fait qu’ils ont une peau plus foncée. Ne serait-ce pas mieux de laisser tomber cette culture créée artificiellement et importée ici et de contribuer à construire le Québec tous ensemble ?

samedi 12 janvier 2019

L’américanophile, le Canadien-français et la maison mère

J'ai lu La maison mère d'Alexandre Soublière, un ouvrage mi-roman mi-essai dans lequel il se souvient des événements de sa vie. L’auteur y ajoute ses propres observations sociopolitiques dans un contexte fictif d’effondrement général de la société. Le livre m’a plu !


Les critiques que j’avais entendues de La masion mère avait réduit l’ouvrage à la suggestion de l’auteur de ressusciter le terme « Canadien-français » plutôt que l’étiquette « Québécois ». À la page 231, Soublière souligne que les mots « Québécois » et « Canadien-français » sont utilisés de manière interchangeable, bien que le deuxième exclut du « nous » collectif nombre de personnes qui peuvent tout à fait légitimement s’en revendiquer. Je suis d’accord.

Or, les anglophones se sont également appropriés l’étiquette « Québécois », du moins quand ça fait leur affaire. Ils ont appelé l’association qui s’est donné pour mandat de combattre la Charte de la langue française Alliance-Québec (et non pas Alliance-Canada). Les médias disent « Anglo-Québécois », sans que personne ne se souligne que le colonisateur britannique nous enlève ainsi le nom de « Québécois », comme celui de « Canadien » nous a été volé au XIXe siècle (ainsi que nos symboles comme la feuille d’érable, le castor et même l’hymne national composé par Calixa Lavallée). Aujourd’hui, ce sont les minorités ethniques qui ont récupéré l’étiquette de Québécois. (Le siècle de Mgr Bourget, p. 296)  

Dans la vision politiquement correcte de la chose, un Québécois n’est plus un descendant des Français qui ont colonisé la vallée du Saint-Laurent au XVIIe siècle, ni ceux qui se sont intégrés à cette nation. C’est un citoyen canadien qui habite le territoire de la province de Québec, peu importe sa race, sa langue maternelle ou sa religion. Comme l’observe Soublière, cette modification conceptuelle vient du Parti Québécois et, vu l’état des choses aujourd’hui, on peut se demander si le PQ n’a pas été, malgré lui, plus efficace que Lord Durham pour assimiler les Canadiens-français. Le terme Québécois a été tellement vidé de son sens qu’on est aujourd’hui obligé de se servir du pléonasme « Québécois francophone » pour parler des descendants des colons français. Est-ce un progrès pour le nationalisme et le souverainisme ? (Le siècle de Mgr Bourget, p. 459)

Soublière ne se cache pas de son américanophile, dans le sens des États-Unis (mais, d’une certaine manière, de l’Amérique en général). 

[…] J’ai choisi de m’intéresser à nos voisins du Sud parce qu’ils ont rédigé leur Constitution en s’inspirant des valeurs des Lumières et que je crois en une certaine identité américaine (continent) qui est inclusive en ce qui a trait au rapport avec le territoire. (p. 153)

Venant des États-Unis, on m’a souvent demandé pourquoi j’ai voulu immigrer ici. Je menais une bonne vie avant dans le Minnesota. Mais au fond, j’ai fini par trouver que les États-Unis n’ont plus d’identité qui leur soit propre, ni de culture. Oui, je sais, personne ne veut entendre cela et on me dira qu’il y a d’énormes différences entre les régions du pays. Bien sûr, ces différences existaient autrefois. Or, la manière de faire des grands centres, plus précisément la culture hégémonique de New York et de Los Angeles, par l’entremise des médias de masse, a aplati toutes ces différences. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une culture de masse qui porte les mêmes valeurs et les mêmes référents culturels d’un océan à l’autre. Et ça, personne ne veut l’avouer. À ce propos, il est intéressant de lire ce que Soublière dit au sujet de son chum de gars Simon :

Simon n’a jamais vraiment compris la culture québécoise. […] Ce n’est pas parce qu’il habite aux Etats-Unis. […] Quand il était encore au Québec, il écoutait souvent la radio de Québec et en est venu à éprouver du mépris pour tout ce qui est culture québécoise mainstream. Puis il a lâché tout ça au profit d’Howard Stern […] pour ensuite aller vers Sam Harris et Joe Rogan. Simon a habité plus de douze ans sur le Plateau et il n’aurait même pas été capable de reconnaître Guy A. Lapage s’il l’avait croisé à l’épicerie. (p. 113)

Oui, c’est sûr qu’il y a des personnes comme Simon à Québec. J’ai déjà écrit sur la ville de Québec, ainsi que sur la vision du monde très problématique des Sam Harris du monde. J’ai rencontré plusieurs personnes qui vénèrent Steve Jobs. J’ai travaillé dans une entreprise à Québec qui croyait être le prochain Apple dans le domaine de la réalité virtuelle et des jeux vidéo dits « sérieux ». Mais je tiens à dire qu’à cause de la langue française, nous avons nos propres institutions et nos propres référents culturels. Cela favorise l’épanouissement de notre être, et confère une valeur unique à notre vision du monde. Et cela nous appartient. 

Mais, comme le dit Soublière, en accordant tellement de place à la langue, on a peut-être négligé le concept du territoire et de la nordicité. D’ailleurs, être francophone n’est pas aussi simple et joyeux qu’on peut le croire. 

[…] J’en ai longtemps voulu à mes parents pour le choix qu’ils ont fait [de m’élever en Beauce et non en Ontario, où j’aurais appris l’anglais sans accent], et à la loi 101. […] J’étais jeune, fragile et stupide […] quand j’étais adolescent […] je trouverais injuste d’être en compétition sur le terrain du bilinguisme avec [mes cousins vivant en Ontario] qui étaient exposés quotidiennement aux deux langues. (p. 17)

Bien que la mère de Soublière ne soit pas anglophone, mais franco-ontarienne, sa famille me fait penser (encore une fois) au roman L’appel de la race de Lionel Groulx. Il ne suffit pas de se réapproprier le nom de Canadien-français pour régler notre problème d’identité nationale. Dans le roman, le protagoniste, Jules de Lantagnac, est un Canadien-français anglicisé qui part à la reconquête de son identité nationale. Il a épousé une Anglaise, Maud Fletcher, et la famille vit à Ottawa. Les quatre enfants ont été élevés dans la religion catholique, mais en anglais. 

Jules décide de franciser ses enfants, déjà adolescents. Au début, son épouse voit cela d’un bon œil, mais elle perd ses illusions lorsqu’elle constate que son mari est sérieux. La situation se complique lorsque Jule se fait élire à la Chambre des communes pour prendre la défense des écoles françaises de l’Ontario. Nous sommes en 1916. Le règlement 17 y interdit l’usage du français. Maud prévient Jules qu’elle divorcera s’il s’obstine à soutenir les Franco-Ontariens. Enfin, Maud quitte son mari. Les enfants se divisent. William et Nellie appuient leur mère en restant « Anglais ». Wolfred et Virginia appuient leur père en devenant « Français ». Jules a fait ce que doit, mais c’est un homme brisé. 

Je sais que l’histoire du roman n’est pas celle d’Alexandre Soublière, mais la jalousie qu’il exprime face à ses cousins franco-ontariens et à leur capacité de parler les deux langues sans accent m’a fait penser aux sujets difficiles que traite L’appel de la race :
Les dangers culturels et même psychologiques des mariages anglo-francos et la double hérédité qui affaiblit l’esprit des enfants issus des mariages mixtes.
Le mythe de la supériorité anglo-saxonne, et l’antinationalisme canadien-français qui en découle, ainsi que le caractère matérialiste de la civilisation anglo-protestante.
L’anglomanie de la petite bourgeoisie canadienne-française et la perte des traditions, comme la bénédiction paternelle du Jour de l’An. (Le siècle de Mgr Bourget, p. 466)


***


[…] Mais ne trouvez-vous pas que le froid fait partie intégrante de l’expérience nord-américaine des Canadiens-français ? (p. 76)

J’apprécie beaucoup qu’il se prononce sur le caractère central de la nordicité québécoise. Au Minnesota, je disais parfois maladroitement que j’étais fier de vivre dans un pays hivernal quand les gens idéalisaient le sud. J’ai déjà aussi assisté au Devoir de débattre : le thème était la nordicité. Tôt dans la soirée, l’explorateur Bernard Voyer a déclaré qu’il n’y avait pas « peuple nordique plus ignorant de son territoire » que les Québécois. 

Alors, pouvons-nous nous donner l’étiquette « nordique » alors même que nous ne démontrons peu de fierté du nord dans notre manière de vivre, comme on le fait pourtant en Russie ou en Norvège ? Côté littérature, il y a La montagne secrète de Gabrielle Roy (qui est plus pancanadien que canadien-français). Mais dans nos attitudes et même dans nos activités dites culturelles, qu’en est-il ? Au Québec, qui fait des séances de sauna avant de prendre un bain de glace ? 

J’ai aimé le personnage de Carl Bergeron dans l’histoire. J’avais lu son livre Voir le monde avec un chapeau il y a quelques années et j’ai particulièrement apprécié le chapitre dans lequel il écrit une lettre à son père, un boomer. Dans son traitement fictionnel, Soublière demande à Bergeron :

[…] Est-ce qu’on aurait pu vous imaginer anglophone, mais tout aussi amoureux des grands textes de la France et des philosophies des Lumières ? Votre amour pour la France serait donc un amour pour l’Occident et sa pensée ? (p. 78)

À ce sujet, je trouve qu’on se trompe quand on fait éloge des Lumières. La modernité issue de la Révolution française est la source de la postmodernité dans laquelle on vit. Les gens dits « réactionnaires » peuvent-ils retourner vers une modernité plus « raisonnable » du passé ? Je ne crois pas, car tout cela repose sur l’idée que rien n’est permanent et que tout est en flux chaotique darwinien. Dans cette vision du monde athée et matérialiste, nous ne sommes que des atomes sans objectif (télos) qui rebondissent ici et là. Alors, on n’a d’autre choix que d’« évoluer » (vers la postmodernité). 

Je ne romance pas le passé et mais je ne crois pas que la valorisation de la modernité des Lumières nous aide. Comment peut-on, nous, déracinés et sans traditions, intégrer de nouveaux arrivants qui, eux, sont traditionnels et croyants ? Je ne trouve pas que l’athéisme et le laisser-aller culturel dans lequel on baigne depuis la Seconde Guerre mondiale est suffisant pour assurer la pérennité de ce qu’on appelle vaguement « la civilisation occidentale ».

C’est aussi curieux que son ex-copine Camille soit chanteuse et qu’elle fait carrière en anglais (p. 219). Une genre de Pascale Picard ? Elle s’imagine accéder à un plus grand public en faisant cela, je suppose. Une artiste ou une vendeuse de culture pop ? 


***

Je suppose qu’un Canadien-français a le droit d’idéaliser et d’aimer les États-Unis. C’est juste que je ne comprenne tout simplement pas. On sait que Jack Kérouac était triste de ne pas avoir gardé son français, malgré son succès américain, surtout vers la fin de sa vie. La chanteuse Marie-Jo Thério a sorti un album concept Chasing Lydie (son premier en anglais) racontant l’histoire de l’une de ses tantes qui a immigré aux États-Unis pendant l’exode canadien-français de la fin du XIXe sièce jusqu’aux années 30. Elle y parle de l’attrait matériel des États-Unis (« …tout est possible à Waltham, Mass », chante-t-elle), mais l’album est parsemé d’extraits d’entrevue qu’elle a réalisées auprès de ses descendants, rendus américains et anglophones, et qui témoignent de leur mélancolie nostalgique. Un cousin dit qu’il se sent mal de n’avoir jamais appris le français. Une autre parle de l’histoire de sa famille à l’époque de Lydie; l’endroit était déjà un « melting pot », il y avait des tas de Français, d’Irlandais, d’Italiens…

Mais vivre et se fondre dans le fameux « melting pot » aux États-Unis a un prix. On se fond en quoi ? La finalité du « melting pot », c’est de devenir client chez Wal-Mart.