lundi 19 août 2019

(I) Pour en finir avec le mouvement indépendantiste tel qu’on le connaît

Première partie d’une série de deux textes
Peu importe où je vais, je tombe toujours sur des nationalistes québécois bien-pensants bon-chic-bon-genre. Qu’ils soient de jeunes déracinés « ouverts sur le monde » ou des boomers anticléricaux, qui parlent du Parti québécois comme si l’on était en 1976, leur nombrilisme empêche toute véritable réorganisation d’un bloc politique souverainiste. Ensuite, on se plaint qu’il n’y a plus d’esprit militant au sein de la population. Paris brûle-t-il ?


Lors du lancement d’un nouveau magazine indépendantiste, j’ai brièvement parlé avec le militant et professeur à la retraite Denis Monière. J’ai souligné les différences que je voyais entre le nationalisme de Québec et de Montréal, ce qui m’a amené sur le sujet des deux grandes interprétations de notre histoire : celle de l’école de Québec et celle de l’école de Montréal.


M. Monière m’a raconté que Lionel Groulx, celui qui était à l’origine de l’école de Montréal, n’était pas souverainiste, que quelques historiens préparaient un colloque sur Maurice Séguin (successeur de Groulx) et que je pourrais y découvrir pourquoi Groulx n’était pas souverainiste. Cela m’a étonné, connaissant un peu l’œuvre de Groulx.

Des mois plus tard, le colloque sur l’historien souverainiste de l’Université de Montréal, Maurice Séguin, a eu lieu et les textes ont été ensuite publiés dans le numéro mars/avril 2019 de L’Action nationale. J’y ai lu deux textes, « L’abbé Lionel Groulx : quel nationalisme, quelle indépendance ? » d’Yvan Lamonde et « Maurice Séguin, un critique radical de l’interprétation historique de Lionel Groulx » de Robert Comeau. Peut-être que parler de l’anticléricalisme a l’air ringard de nos jours, pourtant, ces auteurs vieillissants ressentaient le besoin de « prouver » que notre historien national n’était pas souverainiste (ou le genre de souverainiste qu’ils auraient préféré). Cet extrait résume bien leur vision.
« Groulx voyait [Séguin] comme son ennemi […]. [La vision de Séguin] était plutôt une critique radicale d’une histoire idéaliste et foncièrement religieuse. Il a élaboré une interprétation matérialiste, et scientifique dans le nouveau contexte post-Seconde Guerre mondiale. Les fondements du nationalisme religieux de Groulx ne répondaient plus à l’époque [des années 1960]. » (L'Action nationale, p. 89)
Je ne crois pas à cette histoire d’ennemi. Au contraire, la vision du monde de Lionel Groulx (1878-1967) et celle de Maurice Séguin (1918-1984) se conjuguent bien. C’est vrai que l’indépendantisme de Séguin était plus affirmé que celui de Groulx, tandis que le nationalisme de Groulx était plus intégral.

Pourquoi ? Parce que Séguin était libéral et que Groulx était catholique. Je crois que Groulx a mieux compris et défendu l’identité nationale canadienne-française, devenue québécoise par la suite. Toutefois, la realpolitik de Séguin est louable. Il a bien montré la nature fondamentalement inégalitaire de la relation entre les deux peuples fondateurs du Canada. Si Groulx se faisait encore des illusions sur l’esprit binational du Canada, c’est parce qu’il n’avait pas encore le recul du temps. Sans Groulx, la pensée de Séguin n’aurait jamais existé. Les travaux précurseurs de Groulx lui ont permis d’être plus réaliste par rapport à l’échec de la théorie des deux peuples fondateurs.


Pourquoi alors cette tentative de discréditer Lionel Groulx ?
« Groulx, un clerc d’origine rurale, né au XIXe siècle ; Séguin, un urbain qui aborde l’analyse avec une approche non plus religieuse, mais s’appuyant sur des fondements laïques et scientifiques. Face au traditionalisme, l’École de Montréal s’inscrivait dans la modernité. » (p. 80)
Sommes-nous dans la fable du rat de la ville et le rat des champs ? Pourtant, l’allégorie de la fable de La Fontaine se déroule ainsi : les urbains se croient, à tort, supérieurs à ceux de la campagne. Pourquoi croit-il que Groulx, qui venait de Vaudreuil et qui a aussi vécu plusieurs années à Montréal, entouré d’intellectuels, est, d’une certaine manière, inférieur au rat de la ville ? Cela dit, M. Comeau a l’honnêteté de reconnaître : « le rôle exceptionnel joué par Groulx comme éveilleur de conscience nationale. » (p. 81) D'ailleurs, Séguin était natif d'une communauté rurale de Saskatchewan. Il n'était pas plus urbain que Groulx ; il n'a jamais été le germe d'un militant.

Cette vision manichéenne du monde n’est qu’une interprétation du Québec pondue par des anticléricaux, typiques de leur époque. Les textes de MM. Lamonde et Comeau sont remplis de citations de Groulx pour « prouver » son fédéralisme.
« Groulx ne manque pas l’occasion de faire valoir qu’il n’est pas un séparatiste » (p. 61).
« [Groulx] dit ne plus comprendre la jeune génération qui lui paraît prise d’une rage furieuse de faire table rase du passé et de tourner le dos à ses aînés » (p. 65).
« Nous serons catholiques ou nous ne serons rien. » (p. 67).
« C’est le phénomène hélas d’un peuple décadent que cet acharnement à salir son lit et à détruire sa propre histoire » (p. 68).
À deux semaines de son décès le 23 mai 1967, Groulx s’est prononcé « pour une idée à laquelle je resterai fidèle toute ma vie, qui n’est pas le séparatisme, mais qui est l’État français. »

Mais que veut-il dire par « séparatiste » ? Et si le terme « séparatiste », dans ce contexte, faisait référence à cette génération Révolutionnaire-tranquille qui ne veut rien savoir du catholicisme ? MM. Lamonde et Comeau ne disent rien là-dessus. L’État français de Groulx, pour eux, c’est une rêverie, une chimère. Un État qui peut exister dans la confédération. Ils ont l’air de reprocher à Groulx de faire du catholicisme un critère incontournable de l’État français.
« En 1922, Groulx juge que la Confédération a échoué parce que le pacte a échoué. » (p. 82)
En effet, ledit pacte fait référence à la théorie des deux peuples fondateurs du Canada, théorie en laquelle les anglophones n’ont jamais cru. Pourtant, dire que le soi-disant pacte a échoué, n’est-ce pas là une manière de nourrir le courant souverainiste ? Le souverainisme ne vient pas de nulle part et celui de Groulx était certes moins affirmé que celui de Séguin. Mais cela n’est pas anormal, car Groulx précédait Séguin chronologiquement. En fait, ce qui semble surtout choquer M. Comeau, c’est que, pour Groulx, souverainisme se conjuguait avec catholicisme – une chose qu’il ne peut pas accepter.
« Groulx a pris ses rêves pour la réalité. Et cet enseignement rassurant ne fut pas sans conséquence négative pour le peuple québécois. À partir d’un constat erroné, on a construit des scénarios irréalistes. » (p. 84)
En 1922, la revue L’Action française (ancien nom de L’Action nationale, alors dirigée par Groulx) se prononça en faveur de l’indépendance du Québec. Son séparatisme était plutôt timide, même utopique, puisqu’il supposait que la Confédération canadienne disparaîtrait d’elle-même dans la foulée du déclin de l’Empire britannique. Lionel Groulx liait son combat identitaire à la fondation d’un État français en Amérique du Nord. Il avait la lucidité de voir que ce n’était pas un programme politique immédiatement exécutable, mais plutôt un idéal pour lequel nous pourrions un jour nous mobiliser :
« Être nous-mêmes, absolument nous-mêmes, constituer, aussitôt que le voudra la Providence, un État français indépendant, tel doit être, dès aujourd’hui, l’aspiration où s’animeront nos labeurs, le flambeau qui ne doit plus s’éteindre. » (Notre avenir politique, L’Action française, janvier 1922)
Cependant, l’allégorie groulxienne d’un « État français » est beaucoup plus que la simple souveraineté du Québec. L’interpréter autrement serait réducteur. Il s’agissait surtout d’une politique de nationalisme « total » qui devait imbiber tous les niveaux de la vie canadienne-française – un concept de politique intérieure, ce qui déborderait le matériel. Dans sa bonne foi (qu’il est facile de considérer comme naïve aujourd’hui), l’État français pouvait même se bâtir dans le cadre de la Confédération canadienne, à la condition sine qua non que la majorité anglaise admette et reconnaisse la dualité nationale du Canada et qu’elle concède au Québec son autonomie politique. Aujourd’hui, on sait que la majorité canadienne-anglaise ne fera jamais cela.

Malgré toute sa bonne foi, le Chanoine Groulx – deux ans à peine avant sa mort – s’est aussi mis à douter de l’ouverture du Canada anglais. Aussi, en entrevue à Radio-Canada le 12 décembre 1963, disait-il (à partir de 6:28) :
« Je l’ai dit, dans la mesure où je puis le dire comme prêtre, je crois que nous échapperons difficilement [à l'indépendance] […] Nous avons, je crois, nous aurons toutes les peines du monde…. si la province de Québec veut véritablement réaliser son destin, à ne pas viser jusqu’à l’indépendance – je vais jusque-là. Il faudra du temps, il faudra y mettre la manière, il faudra des hommes. […] Comment voulez-vous que nous puissions nous soumettre longtemps à des législations communes ? Nous l’avons tenté sous l’union des deux Canada avec vous savez quel succès (ton ironique). Nous l’avons tenté depuis 1867 ayant un gouvernement, mais qui se laissait surtout gouverner par Ottawa. Vous voyez à quel fâcheux aboutissement nous sommes à l’heure qu’il est. Faut-il recommencer l’expérience ? Qu’est-ce qui nous garantit que l’expérience, à l’heure qu’il est, peut donner véritablement d’autres résultats ? C’est contre-nature. Le seul moyen alors c’est de s’entendre. Aucun peuple ne peut entièrement s’isoler. Nous aurons toujours besoin d’entretenir avec nos voisins des relations politiques, diplomatiques, économiques – même culturelles. Nous aurons toujours besoin… seulement, nous pouvons le faire sur le pied ou le plan de l’indépendance. »


Comment est-il encore possible de douter que Lionel Groulx fût indépendantiste ? Seule une mauvaise foi évidente permettrait de soutenir le contraire. Or, la question se pose : pourquoi les boomers et leurs rejetons politiques veulent-ils ternir la réputation de Groulx ? Pourquoi ne pas chercher à créer une vraie coalition de tous les indépendantistes, et non seulement les bon-chic-bon-genre et les bien-pensants dits « inclusifs » ? Pourquoi demeurer figés dans une vision du monde obsolète de la Révolution tranquille ? Pourquoi ne pas voir des alliés dans les indépendantistes d’inspiration groulxiste?

Il paraît que les auteurs de ce colloque préfèrent se parler entre eux. Le hic, c’est qu’il n’y a plus personne qui les écoute. À suivre.

(lire la suite ici)

samedi 18 mai 2019

La religion de Luc Ferrandez



Je n’ai jamais été fan du maire d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez. J'ai entendu les mêmes choses que tout le monde : il a transformé le Plateau en un labyrinthe infranchissable pour les automobiles et de nombreuses entreprises (qui font le charme du quartier) en ont beaucoup souffert. Récemment, il a annoncé sa démission dans une longue tirade sur Facebook, évoquant des divergences irréconciliables avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Apparemment, Plante veut faire plaisir à tout le monde et n’a pas de plan écologique suffisamment totalitaire. Je suppose qu'il a raison quand il dit qu’elle doit remporter les élections et ne peut rien faire de trop radical. 

Je n'ai jamais été fan de Valérie Plante non plus, ni de son parti municipal, Projet Montréal. Ce qui m’irrite le plus, c’est son attitude antinationaliste, imprégnée du culte de la « diversité » qui entretient artificiellement les « minorités visibles ». J'ai toujours dit que ces « minorités » à Montréal ne sont pas vraiment des minorités. Pourquoi un Pakistanais ou un Nigérian serait-il considéré comme une minorité alors qu'il y en a à peut près 200 millions dans chacun de ces pays ? Au Québec, il n’y a qu’environ 7 millions de Québécois (sur une population de 8,4 millions). Mais hélas, Valérie Plante veut être à la tête d’une ville internationale et ne se considère pas comme la maire de la métropole de l'Amérique française. Denis Coderre était pareil.

Alors, quand j’ai appris la nouvelle que Luc Ferrandez démissionnait, j'ai pensé : bon débarras.


Ensuite, j'ai entendu Ferrandez en entrevue avec Patrice Roy. Il a dit beaucoup de choses que je trouvais douteuses, mais je n’en ais pas cru mes oreilles lorsqu’il a dit, avec désinvolture, à la fin de l’entretien :
« Je regarde mon fils et je me dis : “Lui, c’est la première génération qui n’aura pas le droit de procréer”. Ça, c’est un sentiment assez urgent pour que je [démissionne]. »
Donc, si je comprends bien, Ferrandez est favorable aux lois rendant illégales les familles. Ce qui m'a surpris, c’est à quel point il a déclaré cela d’une manière nonchalante – comme si ce n'était rien. Les élites politiques semblent cacher de moins en moins leur mépris total pour l’humanité, bien que cela soit en arrière-plan depuis un certain temps. 

Les origines du mouvement écologiste remontent aux groupes de réflexion tels que le Club de Rome, dont la production inclut The First Global Revolution. Ce livre promeut la fin de l’industrialisation et la « durabilité », dans un style susceptible de vous décrocher la mâchoire, et admet que la révolution dite « verte » a été inventée de toutes pièces :
« Dans la recherche d’un ennemi commun contre lequel nous pouvons nous unir, nous sommes arrivés avec l’idée que la pollution, la menace du réchauffement climatique, les pénuries d’eau, la famine et autres, ferait l'affaire. Dans leur totalité et de leurs interactions ces phénomènes constituent une menace commune qui doit être confrontée tout le monde ensemble. Mais en désignant ces dangers "ennemis", nous tombons dans le piège, contre lequel nous avons déjà mis en garde les lecteurs, à savoir la confusion entre les symptômes et les causes. Tous ces dangers sont causés par l’intervention humaine dans les processus naturels, et ce n’est qu’à travers un changement d’attitude et de comportement qu’ils peuvent être surmontés. Le véritable ennemi, alors, c’est l’humanité elle-même ». (p. 75)
Voilà. Ce livre admet que le paradigme actuel dans lequel on vit a été inventé avec la ferme intention d’être antihumain. Celui-ci est orienté autour d’une nouvelle religion nommée environnementalisme ayant comme objet de culte la Mère-Terre-Gaïa (j’ai déjà traité de ce sujet ici). Le culte de la création (matérialisme) et non du créateur est un paganisme classique. Les bobos, urbains et branchés sont obsédés par l’environnementalisme et célèbrent leurs nouveaux jours sacrés, comme le « Jour de la Terre ». Mais ils ne sont que des outils dupés. Ils adorent parler de leur pseudo-environnementalisme, mais ne parlent jamais de vraies préoccupations environnementales telles que le glyphosate dans l’alimentation, les phytoestrogènes dans l’eau, la géo-ingénierie, les aliments et les animaux génétiquement modifiés, le déversement de millions de litres d'eaux usées non traitées dans le Saint-Laurent, etc. Tout cela s'aggrave avec la disparition des familles, le déclin des économies locales et la désintégration de la culture.

Ensuite, dans l'émission de Bernard Drainville, Ferrandez dit que, d'ici 2030, la société québécoise sera suffisamment mûre pour élire un « tyran progressiste ». De toute façon, même si le Québec tel qu’on le connaît disparaissait et redevenait une grande forêt boréale vierge, cela n’affecterait les émissions mondiales de GES que de 0,16%. Ce n’est même pas la moitié d’une ville comme Delhi. Et pour chaque Québécois, il y a 172 Chinois !  Alors calmez-vous, mon cher Luc, et acceptez votre insignifiance sur cette planète.

Pour revenir à l’entrevue avec Patrice Roy, il dit que son sentiment d’urgence l’amène à vouloir interdire la procréation: 
« La plus grande joie d’un humaine, on va la priver à nos petits-enfants ». [sic]
Silence sur l’immigration massive qu’on vit. Non, c’est nous qui devons cesser de faire les enfants, tout en acceptant de prendre de plus en plus d’étrangers – en si grand nombre, en fait, que leur intégration et assimiliation deviennent impossible. Peu importe, nous devons réduire la population en cessant de  procréer. Curieusement, on nous dit aussi que nous avons besoin d’accroître le nombre d’immigrants parce que nous ne faisons pas assez de bébés.

Alors, que veulent-elles vraiment nos élites, ou celles au-dessus de nos élites ? Vont-ils suivre le récit de L’Âge de cristal (Logan’s Run)? Rappelez-vous l’histoire de ce film : afin d’empêcher la surpopulation et de protéger l'environnement, la vie des individus est limitée à 30 ans, âge auquel chacun est invité à une cérémonie d’inspiration païenne où, sous couvert de renaissance, son corps est purement et simplement désintégré. Un petit sacrifice pour Gaïa. Gloire à Gaïa !


lundi 15 avril 2019

L’importation de la culture du proxénète au Québec

Aba & Preach

L’année dernière, j’ai vu, par hasard, une vidéo de deux humoristes noirs d’expression bilingue vivant à Montréal, Aba & Preach (j’aimerais les appeler « Québécois », mais ils ont l’air de refuser notre identité). Au sujet de leur contenu presque exclusivement en anglais, je leur ai dit qu’il y a des tas de gens aux États-Unis qui font exactement le même contenu qu’eux et qu’ils devraient se distinguer en faisant quelque chose qui reflète la société à laquelle ils appartiennent : créer en français. Ils m’ont répondu ceci :


Dans une autre vidéo, ils s’insurgent que les Québécois veuillent les forcer à parler le français ; selon eux, être Québécois ne veut pas dire être francophone. Ils reprochent aussi aux Québécois d’être racistes – le tout livré dans le style « proxénète/gangster» propre aux États-Unis.

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Bien qu’ils habitent à Montréal, ils produisent tout en anglais parce qu'ils n'ont probablement consommé que de la culture pop américaine. Ils ne connaissent apparemment rien d’autre de la culture. Leur contenu me rappelle celui d’une chanteuse américaine qui s’appelle Cardi B. Curieusement, la chroniqueuse Aurélie Lanctôt chantait récemment les louanges de cette chanteuse. Voici sa poésie : 
« Look, my bitches all bad, my niggas all real I ride on his dick, in some big tall heels Big fat checks, big large bills Front, I’ll flip like ten cartwheels Cold ass bitch »
Le discours de ces personnes est toujours le même : un soi-disant racisme qui est présent partout, ou encore, une variation sur les thèmes de la drogue ou du sexe. Même des groupes métissés comme les Dead Obies de Longueuil produisent beaucoup de contenu anglophone dans le style « pimp ». Malgré la vulgarité de son propos, ce groupe s’est frayé un chemin sur les ondes de Radio-Canada.


La question qui se pose est la suivante : pourquoi ces personnes sont-elles toujours en train d’importer artificiellement au Québec les problèmes d’intégration raciale des Etats-Unis ? Pourquoi font-ils la caricature noire étatsunienne ? Des personnes comme Aba & Preach, Cardi B. et plusieurs autres sont sans doute complètement inconscients de la façon dont leur vision du monde a été créée pour eux, afin de les empêcher de voir au-delà de la couleur de leur peau. Parlons de l’échec du nationalisme civique au Québec et des fausses identités de certaines minorités ethniques inventées de toute pièce.

***

Dans l'article « The Myth of the Great Black Pimp », Adissa Banjoko voyait un lien entre les révolutionnaires Black Panthers des années 1960 et les « pimps » des années 1970. Le proxénète est l’archétype de ce que Marx appelle les lumpenproletariat – des groupes de personnes qui ne servent qu’à créer des problèmes. Faute de discipline, le lumpenproletariat est incapable de devenir ce que Marx considère comme de « vrais révolutionnaires ».

Après que les Black Panthers furent éteints en 1969, un ancien photographe noir de Time/Life, Gordon Parks, devint ensuite le réalisateur de plusieurs films mettant en vedette les noirs, lançant le genre cinématographique de Blaxploitation. Dans ses mémoires, Gordon Parks indique qu’il a eu accès à Hollywood à la suite de son article pour Time/Life sur les Black Panthers.

On sait maintenant que Time/Life était une société-écran de la CIA. Gordon Parks était l’homme qu’a instrumentalisé Time/Life et la CIA pour pénétrer dans des organisations noires. 
« Le magazine Life avait essayé de pénétrer le monde noir pendant trois ans, sans succès. Les réseaux noirs restés fermés aux journalistes et photographes blancs. Étant donné que je suis noir, Life m'a demandé d’essayer d’y entrer et j'ai accepté. » (A Hungry Heart, p. 214 – traduction libre)
Après avoir quitté Time/Life, Parks a rencontré Jim Aubrey qui lui a remis le scénario du film Shaft, l’histoire d’un détective noir de Harlem, viril et suave. Shaft a été un grand succès, battant des records de fréquentation partout aux États-Unis. Parks a ensuite collaboré avec Aubrey sur deux autres films, The Super Cops et Shaft’s Big Score. Aubrey a remis à Parks le scénario du Superfly, un film présentant le proxénète comme nouveau modèle pour les jeunes noirs. Le fils de Parks, Gordon Parks Jr., a fini par réaliser Superfly. Il est aussi intéressant de noter que la troisième épouse de Parks, Gene Young, pensait que Jim Aubrey était « probablement un agent de la CIA ». (A Hungry Heart, p. 308).


Superfly est devenu le succès du Blaxploitation en 1972. Avant Shaft et Superfly, le noir idéal était un révolutionnaire, du type que symbolisaient le mieux les Black Panthers. Après Blaxploitation, le noir idéal est devenu le « pimp ». Le succès des films de Blaxploitation signifiait qu'Hollywood avait pris le contrôle sur l'esprit noir, ainsi que la fin de la solidarité noire créée par les mouvements des droits civiques des années 1960 et du « Black Power ».

Deux modèles à suivre, créés artificiellement pour encadrer l’esprit de la jeunesse noire.

Parks indique clairement dans ses mémoires que le but du film était de fournir un modèle à la jeunesse noire (A Hungry Heart, p. 317). Il ne mentionne jamais le genre de comportement que devaient inspirer des personnages comme Shaft, et plus tard Superfly, en tant que nouveaux modèles pour la jeunesse noire. De plus, il ne mentionne jamais le dérangement qu’allait causer ce comportement pour affaiblir encore plus la structure de la famille noire. Il ne mentionne jamais l'effet néfaste sur les femmes noires avec la glorification de ces protagoniste-proxénète. La valorisation du « pimp » signifiait qu'il était parfaitement acceptable que les hommes noirs exploitent les éléments les plus vulnérables de leurs propres communautés.

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Selon leurs propres archives, l’Open Society Foundation de George Soros a donné 33 millions de dollars pour la promotion de la tourmente raciale. Ceci est le genre de fait qui a transformé un cas isolé comme celui à Ferguson en cause célèbre nationale (#BlackLivesMatter). À Ferguson, ce qui a apparemment commencé comme des « manifestations spontanées » au niveau local a vite été exploité comme un soulèvement révolutionnaire, avec des manifestations artificiellement gonflées par les fonds d’Open Society Foundation :
« Des autobus de manifestants de la conférence Samuel Dewitt Proctor à Chicago, de la Drug Policy Alliance, de Make the Road New York, d’Equal Justice USA et de nombreux autres, ainsi que des réseaux de la Fondation Gamaliel - tous financés en partie par M. Soros - ont descendu à Fergusson à partir d'août pour organiser des manifestations. » (Kelly Riddel, Washington Post)
Opal Tometi, co-créateur de #BlackLivesMatter, qui dirige « Black Alliance for Just Immigration » a reçu 100 000 $ de financement Soros en 2011. Colorlines, qui s'est fortement impliquée dans la promotion de #BlackLivesMatter, a reçu 200 000 $ de Soros en 2011. L’Organization for Black Struggle et Missourians Organizing for Reform étaient deux autres groupes recevant également un financement de Soros. Il en va de même pour Dream Defenders et bien d’autres. Alors, le problème, est-il réel ou artificiellement créé pour mieux diviser ? Des personnes noires au Québec regardent cela, se croient eux-mêmes victimes et se solidarisent avec d’autres personnes aux Etats-Unis qui n’ont rien à voir avec leur réalité en sol québécois.

On nous dit que les vies des Noirs comptent. En 1972, la jeunesse noire faisait la fil sur plusieurs pâtés de maison pour assister à la glorification du proxénète noir par Hollywood : Superfly. Seulement deux ans plus tard, il y eut 970 homicides à Chicago, un record historique (80% des victimes étaient malheureusement des noirs). Y a-t-il un lien ? Pourquoi d’aillleurs ne parle-t-on pas de ces meurtres ? Serait-ce parce que la fondation de George Soros ne paye personne pour en parler ?

Ainsi, tous ceux qui écoutent de la musique « gangsta rap » et parlent anglais tentent d’importer un phénomène étranger au Québec en inventant de toute pièce des histoires selon lesquelles les Québécois seraient racistes. En important ici des mythes de la culture noire américaine et en basant leur identité sur ces récits, ces personnes ne se rendent même pas compte qu’elles encouragent une culture artificiellement créée à leur intention, par le biais de Blaxploitation et de la musique rap. Ils croient qu’ils sont les descendants spirituels d’un conte mythologique de la sainte civique irréductible Rosa Parks par le seul fait qu’ils ont une peau plus foncée. Ne serait-ce pas mieux de laisser tomber cette culture créée artificiellement et importée ici et de contribuer à construire le Québec tous ensemble ?

samedi 12 janvier 2019

L’américanophile, le Canadien-français et la maison mère

J'ai lu La maison mère d'Alexandre Soublière, un ouvrage mi-roman mi-essai dans lequel il se souvient des événements de sa vie. L’auteur y ajoute ses propres observations sociopolitiques dans un contexte fictif d’effondrement général de la société. Le livre m’a plu !


Les critiques que j’avais entendues de La masion mère avait réduit l’ouvrage à la suggestion de l’auteur de ressusciter le terme « Canadien-français » plutôt que l’étiquette « Québécois ». À la page 231, Soublière souligne que les mots « Québécois » et « Canadien-français » sont utilisés de manière interchangeable, bien que le deuxième exclut du « nous » collectif nombre de personnes qui peuvent tout à fait légitimement s’en revendiquer. Je suis d’accord.

Or, les anglophones se sont également appropriés l’étiquette « Québécois », du moins quand ça fait leur affaire. Ils ont appelé l’association qui s’est donné pour mandat de combattre la Charte de la langue française Alliance-Québec (et non pas Alliance-Canada). Les médias disent « Anglo-Québécois », sans que personne ne se souligne que le colonisateur britannique nous enlève ainsi le nom de « Québécois », comme celui de « Canadien » nous a été volé au XIXe siècle (ainsi que nos symboles comme la feuille d’érable, le castor et même l’hymne national composé par Calixa Lavallée). Aujourd’hui, ce sont les minorités ethniques qui ont récupéré l’étiquette de Québécois. (Le siècle de Mgr Bourget, p. 296)  

Dans la vision politiquement correcte de la chose, un Québécois n’est plus un descendant des Français qui ont colonisé la vallée du Saint-Laurent au XVIIe siècle, ni ceux qui se sont intégrés à cette nation. C’est un citoyen canadien qui habite le territoire de la province de Québec, peu importe sa race, sa langue maternelle ou sa religion. Comme l’observe Soublière, cette modification conceptuelle vient du Parti Québécois et, vu l’état des choses aujourd’hui, on peut se demander si le PQ n’a pas été, malgré lui, plus efficace que Lord Durham pour assimiler les Canadiens-français. Le terme Québécois a été tellement vidé de son sens qu’on est aujourd’hui obligé de se servir du pléonasme « Québécois francophone » pour parler des descendants des colons français. Est-ce un progrès pour le nationalisme et le souverainisme ? (Le siècle de Mgr Bourget, p. 459)

Soublière ne se cache pas de son américanophile, dans le sens des États-Unis (mais, d’une certaine manière, de l’Amérique en général). 

[…] J’ai choisi de m’intéresser à nos voisins du Sud parce qu’ils ont rédigé leur Constitution en s’inspirant des valeurs des Lumières et que je crois en une certaine identité américaine (continent) qui est inclusive en ce qui a trait au rapport avec le territoire. (p. 153)

Venant des États-Unis, on m’a souvent demandé pourquoi j’ai voulu immigrer ici. Je menais une bonne vie avant dans le Minnesota. Mais au fond, j’ai fini par trouver que les États-Unis n’ont plus d’identité qui leur soit propre, ni de culture. Oui, je sais, personne ne veut entendre cela et on me dira qu’il y a d’énormes différences entre les régions du pays. Bien sûr, ces différences existaient autrefois. Or, la manière de faire des grands centres, plus précisément la culture hégémonique de New York et de Los Angeles, par l’entremise des médias de masse, a aplati toutes ces différences. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une culture de masse qui porte les mêmes valeurs et les mêmes référents culturels d’un océan à l’autre. Et ça, personne ne veut l’avouer. À ce propos, il est intéressant de lire ce que Soublière dit au sujet de son chum de gars Simon :

Simon n’a jamais vraiment compris la culture québécoise. […] Ce n’est pas parce qu’il habite aux Etats-Unis. […] Quand il était encore au Québec, il écoutait souvent la radio de Québec et en est venu à éprouver du mépris pour tout ce qui est culture québécoise mainstream. Puis il a lâché tout ça au profit d’Howard Stern […] pour ensuite aller vers Sam Harris et Joe Rogan. Simon a habité plus de douze ans sur le Plateau et il n’aurait même pas été capable de reconnaître Guy A. Lapage s’il l’avait croisé à l’épicerie. (p. 113)

Oui, c’est sûr qu’il y a des personnes comme Simon à Québec. J’ai déjà écrit sur la ville de Québec, ainsi que sur la vision du monde très problématique des Sam Harris du monde. J’ai rencontré plusieurs personnes qui vénèrent Steve Jobs. J’ai travaillé dans une entreprise à Québec qui croyait être le prochain Apple dans le domaine de la réalité virtuelle et des jeux vidéo dits « sérieux ». Mais je tiens à dire qu’à cause de la langue française, nous avons nos propres institutions et nos propres référents culturels. Cela favorise l’épanouissement de notre être, et confère une valeur unique à notre vision du monde. Et cela nous appartient. 

Mais, comme le dit Soublière, en accordant tellement de place à la langue, on a peut-être négligé le concept du territoire et de la nordicité. D’ailleurs, être francophone n’est pas aussi simple et joyeux qu’on peut le croire. 

[…] J’en ai longtemps voulu à mes parents pour le choix qu’ils ont fait [de m’élever en Beauce et non en Ontario, où j’aurais appris l’anglais sans accent], et à la loi 101. […] J’étais jeune, fragile et stupide […] quand j’étais adolescent […] je trouverais injuste d’être en compétition sur le terrain du bilinguisme avec [mes cousins vivant en Ontario] qui étaient exposés quotidiennement aux deux langues. (p. 17)

Bien que la mère de Soublière ne soit pas anglophone, mais franco-ontarienne, sa famille me fait penser (encore une fois) au roman L’appel de la race de Lionel Groulx. Il ne suffit pas de se réapproprier le nom de Canadien-français pour régler notre problème d’identité nationale. Dans le roman, le protagoniste, Jules de Lantagnac, est un Canadien-français anglicisé qui part à la reconquête de son identité nationale. Il a épousé une Anglaise, Maud Fletcher, et la famille vit à Ottawa. Les quatre enfants ont été élevés dans la religion catholique, mais en anglais. 

Jules décide de franciser ses enfants, déjà adolescents. Au début, son épouse voit cela d’un bon œil, mais elle perd ses illusions lorsqu’elle constate que son mari est sérieux. La situation se complique lorsque Jule se fait élire à la Chambre des communes pour prendre la défense des écoles françaises de l’Ontario. Nous sommes en 1916. Le règlement 17 y interdit l’usage du français. Maud prévient Jules qu’elle divorcera s’il s’obstine à soutenir les Franco-Ontariens. Enfin, Maud quitte son mari. Les enfants se divisent. William et Nellie appuient leur mère en restant « Anglais ». Wolfred et Virginia appuient leur père en devenant « Français ». Jules a fait ce que doit, mais c’est un homme brisé. 

Je sais que l’histoire du roman n’est pas celle d’Alexandre Soublière, mais la jalousie qu’il exprime face à ses cousins franco-ontariens et à leur capacité de parler les deux langues sans accent m’a fait penser aux sujets difficiles que traite L’appel de la race :
Les dangers culturels et même psychologiques des mariages anglo-francos et la double hérédité qui affaiblit l’esprit des enfants issus des mariages mixtes.
Le mythe de la supériorité anglo-saxonne, et l’antinationalisme canadien-français qui en découle, ainsi que le caractère matérialiste de la civilisation anglo-protestante.
L’anglomanie de la petite bourgeoisie canadienne-française et la perte des traditions, comme la bénédiction paternelle du Jour de l’An. (Le siècle de Mgr Bourget, p. 466)


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[…] Mais ne trouvez-vous pas que le froid fait partie intégrante de l’expérience nord-américaine des Canadiens-français ? (p. 76)

J’apprécie beaucoup qu’il se prononce sur le caractère central de la nordicité québécoise. Au Minnesota, je disais parfois maladroitement que j’étais fier de vivre dans un pays hivernal quand les gens idéalisaient le sud. J’ai déjà aussi assisté au Devoir de débattre : le thème était la nordicité. Tôt dans la soirée, l’explorateur Bernard Voyer a déclaré qu’il n’y avait pas « peuple nordique plus ignorant de son territoire » que les Québécois. 

Alors, pouvons-nous nous donner l’étiquette « nordique » alors même que nous ne démontrons peu de fierté du nord dans notre manière de vivre, comme on le fait pourtant en Russie ou en Norvège ? Côté littérature, il y a La montagne secrète de Gabrielle Roy (qui est plus pancanadien que canadien-français). Mais dans nos attitudes et même dans nos activités dites culturelles, qu’en est-il ? Au Québec, qui fait des séances de sauna avant de prendre un bain de glace ? 

J’ai aimé le personnage de Carl Bergeron dans l’histoire. J’avais lu son livre Voir le monde avec un chapeau il y a quelques années et j’ai particulièrement apprécié le chapitre dans lequel il écrit une lettre à son père, un boomer. Dans son traitement fictionnel, Soublière demande à Bergeron :

[…] Est-ce qu’on aurait pu vous imaginer anglophone, mais tout aussi amoureux des grands textes de la France et des philosophies des Lumières ? Votre amour pour la France serait donc un amour pour l’Occident et sa pensée ? (p. 78)

À ce sujet, je trouve qu’on se trompe quand on fait éloge des Lumières. La modernité issue de la Révolution française est la source de la postmodernité dans laquelle on vit. Les gens dits « réactionnaires » peuvent-ils retourner vers une modernité plus « raisonnable » du passé ? Je ne crois pas, car tout cela repose sur l’idée que rien n’est permanent et que tout est en flux chaotique darwinien. Dans cette vision du monde athée et matérialiste, nous ne sommes que des atomes sans objectif (télos) qui rebondissent ici et là. Alors, on n’a d’autre choix que d’« évoluer » (vers la postmodernité). 

Je ne romance pas le passé et mais je ne crois pas que la valorisation de la modernité des Lumières nous aide. Comment peut-on, nous, déracinés et sans traditions, intégrer de nouveaux arrivants qui, eux, sont traditionnels et croyants ? Je ne trouve pas que l’athéisme et le laisser-aller culturel dans lequel on baigne depuis la Seconde Guerre mondiale est suffisant pour assurer la pérennité de ce qu’on appelle vaguement « la civilisation occidentale ».

C’est aussi curieux que son ex-copine Camille soit chanteuse et qu’elle fait carrière en anglais (p. 219). Une genre de Pascale Picard ? Elle s’imagine accéder à un plus grand public en faisant cela, je suppose. Une artiste ou une vendeuse de culture pop ? 


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Je suppose qu’un Canadien-français a le droit d’idéaliser et d’aimer les États-Unis. C’est juste que je ne comprenne tout simplement pas. On sait que Jack Kérouac était triste de ne pas avoir gardé son français, malgré son succès américain, surtout vers la fin de sa vie. La chanteuse Marie-Jo Thério a sorti un album concept Chasing Lydie (son premier en anglais) racontant l’histoire de l’une de ses tantes qui a immigré aux États-Unis pendant l’exode canadien-français de la fin du XIXe sièce jusqu’aux années 30. Elle y parle de l’attrait matériel des États-Unis (« …tout est possible à Waltham, Mass », chante-t-elle), mais l’album est parsemé d’extraits d’entrevue qu’elle a réalisées auprès de ses descendants, rendus américains et anglophones, et qui témoignent de leur mélancolie nostalgique. Un cousin dit qu’il se sent mal de n’avoir jamais appris le français. Une autre parle de l’histoire de sa famille à l’époque de Lydie; l’endroit était déjà un « melting pot », il y avait des tas de Français, d’Irlandais, d’Italiens…

Mais vivre et se fondre dans le fameux « melting pot » aux États-Unis a un prix. On se fond en quoi ? La finalité du « melting pot », c’est de devenir client chez Wal-Mart.

lundi 19 novembre 2018

L'histoire méconnue des Amérindiens au Québec


Au Minnesota, comme au Québec, on parle souvent des Amérindiens et des injustices qu’ils ont vécues. Cela a préparé le terrain au discours sur « les méchants blancs ». On nous fait avaler une fausse dialectique « blancs » contre « non-blancs ». Les Québécois ne sont pas des « blancs » et c’est faux de mettre dans le même panier toutes les nations d’origine européenne sous l'étiquette bidon de « blancs ». Oui, certaines nations amérindiennes en Amérique du Nord ont fait l’objet de crimes horribles et de génocides. Il faut, pourtant, rectifier l’histoire des Amérindiens au Québec et de leurs interactions avec les francophones depuis que les Français ont mis le pied sur ce continent.

l'histoire méconnue des amérindiens au Québec

Souvent, on présente l’Amérindien sous l’angle du « bon sauvage » de Rousseau – paisible et en harmonie avec son environnement. De nos jours, je trouve que les Amérindiens au Québec – surtout les nations anglicisées comme les Mohawks ou les Cris - ne se font instrumentaliser qu’à des fins politiques anti-Québec. La cassette que répètent les jeunes et les moins jeunes est ainsi : les blancs sont les auteurs d’un génocide contre les Amérindiens et ils ont volé leurs terres. 

Pourtant, ces mêmes personnes n’ont souvent aucune connaissance des différences entre l’approche des Anglais, des Français et des Espagnols face aux Amérindiens dans l’histoire. Les Français n’ont jamais tenté d’exterminer les Indiens, car ils n’en avaient de toute façon pas les moyens. En plus, ils faisaient du commerce avec eux. Pourquoi tuer ses partenaires d’affaires ? La grippe ou la variole étaient des maladies bénignes pour les Européens, mais des maladies mortelles pour les Amérindiens, qui ne possédaient pas les anticorps qui permettaient de résister à cette maladie. Ce fut effectivement un génocide causé par les épidémies, comme il y en eut bien d’autres dans l’histoire de l’humanité. Pensons à la Grande Peste Noire de 1348, qui fit périr un tiers des Européens. 

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Avant que le groupuscule qu’était Option nationale ne soit avalé par Québec solidaire, il avait publié un petit livret : Le livre qui fait dire oui qui se voulait un cahier de pédagogie indépendantiste sur plusieurs thèmes – l’économie, l’éducation, les anglophones, l’environnement, etc. Dans le très court chapitre sur les Amérindiens, l’auteure Josianne Grenier écrit :  
« L’indépendance du Québec représentera une occasion inédite de remplacer la Loi sur les Indiens (une loi du gouvernement fédéral qui a eu pour but l’assimilation des peuples amérindiens) par un cadre légal et coopératif qui correspondra mieux aux réalités et aux aspirations des autochtones aujourd’hui. » (p. 75)
Oui, je suis d’accord que l’indépendance du Québec serait une belle occasion pour réévaluer notre rapport avec les 11 nations amérindiennes du Québec. Comment ? L’auteure ne dit pas grand-chose à part que l’indépendance incitera au dialogue. Ensuite, elle dit que « l’histoire et la culture du Québec sont indissociables de celles des nations autochtones » et que « le sirop d’érable est un apport fondamental des autochtones ». 

Ça me fait penser à cette légende urbaine selon laquelle les Québécois ont presque tous du sang amérindien. Les mariages mixtes avec des Anglais, des Irlandais ou des Amérindiens, après la Conquête, ont été peu nombreux. L’arbre généalogique des Québécois d’aujourd’hui est à plus de 90% français. L’idée que la nation canadienne-française soit le résultat d’un mélange de races est complètement erronée, quoiqu’en pensent les partisans de l’immigration de masse et du mondialisme.

Madame Grenier reconnaît que le partage du territoire sera sans aucun doute le dossier le plus complexe et fera l’objet de longues négociations. Selon elle, le gouvernement du Québec doit négocier avec Ottawa pour que les Amérindiens ainsi que les produits des activités traditionnelles (chasse, pêche, trappe) puissent traverser assez librement les frontières pour pouvoir continuer de profiter de l’entièreté du territoire ancestral. (p. 77)

Mais qu’en serait-il des Québécois ? La pêche, la chasse et la trappe ne sont-elles pas autant des traditions canadiennes-françaises qu’amérindiennes ? Pourquoi tout le monde n’est pas soumis à la loi, y compris les Amérindiens ? Le plus troublant est sans doute le fait que Madame Grenier ne réclame qu’un dialogue pour régler dès que possible les querelles territoriales. Un simple « dialogue » pour régler quelque chose d’aussi complexe ?

Et que dire de cette fausse histoire (que même la mairesse Valérie Plante répète) selon laquelle la ville de Montréal est un territoire Mohawk non-cédé ? Elle doit sûrement savoir que c’est faux, comme l'expliquait le professeur Luc-Normand Tellier dans Le Devoir. Il est farfelu de prétendre que nous avons volé aux Amérindiens leur pays. Au XVIIe siècle, le Québec actuel n’était habité que par environ 25 000 Amérindiens nomades. Autant dire que c’était une terre inoccupée. Ils ne connaissaient pas la notion de propriété terrienne. Il n’y avait pas vraiment de résistance à l’établissement des Français dans la vallée du Saint-Laurent, grâce au commerce lucratif des fourrures. 

Si les Iroquois/Mohawks ont lutté contre les Français, ce n’était pas pour défendre leur territoire, d’ailleurs situé dans l’actuel État de New York et non au Québec, mais pour détourner le commerce des fourrures au profit des Hollandais et des Anglais (Le siècle de Mgr Bourget : p. 386). Il serait temps que les Mohawks reconnaissent les consensus scientifiques ayant démontré que leurs ancêtres sont arrivés sur la rive sud de Montréal, en quête de refuge et de protection, auprès des habitants canadiens qui y vivaient depuis longue date. 

Pour finir, Madame Grenier dit que « laisser les autochtones décider des institutions les régissant sera un premier pas vers la préservation de leur culture, puis la meilleure façon de la préserver est de l’institutionnaliser. » Institutionnaliser leurs cultures ? Quel colonialisme ! Elle propose ni plus ni moins que d’imposer un modèle d’institution « blanc » aux Amérindiens. Après, elle parle d’enseigner les langues amérindiennes et d’autres éléments de la culture autochtone (traditionnelle ou contemporaine) à l’ensemble de la population. D’accord. Mais croit-elle vraiment que les immigrants s’intéresseront à ces langues ? La promotion du français est déjà assez difficile. Pourquoi les néo-Québécois apprendraient-ils les langues amérindiennes quand ils s’intéressent à peine au français ? 

Les journalistes d’enquête, Alex Caine et François Perreault nous expliquent dans le livre « Le peuple brisé » que :
« les Mohawks revendiquent le droit ancestral de traverser librement la frontière canado-américaine à Akwesasne. En plus, à la suite de la confiscation de plusieurs passeports iroquois par des agents frontaliers, les Mohawks accusaient Ottawa de vouloir "leur arracher" leur identité. » (p. 86) 
Pourquoi revendiquent-ils le droit de traverser librement les frontières ? Pour continuer leurs belles « traditions » de chasse, de pêche et de trappe ? Selon Caine et Perreault, ce serait surtout pour poursuivre des activités criminelles.

Le livre explique la réalité criminelle amérindienne dont on parle très peu. Des réseaux criminels mafieux comme l’Indian Posse et Es-Pak sont aussi mauvais que n’importe quelle autre mafia ethnique : trafic d’êtres humains, de drogues, de cigarettes de contrebande, d’armes, etc. D’ailleurs, le livre fait valoir de manière convaincante qu’une des causes principales de cette histoire des femmes amérindiennes disparues se trouve au sein de leurs propres communautés.
« Avant l’intégration à Es-Pak, le caractère prédateur et la violence déchaînée d’Indian Posse ont permis à cette organisation de s’imposer rapidement dans les marchés de la drogue, de la prostitution, du jeu et de façon horrifiante, du trafic d’organes. Dans les années 90, ce commerce devenait l’un des plus lucratifs parmi les activités criminelles … Il peut sembler incroyable que ces organisations criminelles s’en prennent ainsi aux leurs. Cependant, on constate que les gangs autochtones ne sont pas différents des autres. » (p. 67-68)
On évoque souvent la crise d’Oka de 1990 comme un point tournant vers de meilleures relations au Québec. Dans la mémoire collective, l’histoire se déroule ainsi : les courageux Amérindiens (les Mohawks d’expression anglaise) s’opposaient au projet de la municipalité d’Oka d’ajouter neuf trous au terrain de golf existant et d’y permettre la construction d’habitations de luxe. Une barrière fut érigée en travers de la route de terre menant au terrain de golf. La ville obtint une injonction contre la barricade, mais les Mohawks l'ignorèrent complètement : « Je ne reconnais pas l'autorité de la Province sur cette terre », déclara Curtis Nelson, un Mohawk de Kanesatake et participant pendant la crise d'Oka. (People of the Pines, p. 438).

Mais Alex Caine et François Perreault racontent qu’en réalité, la cause apparente défendue dans cette crise n’aurait que bien peu à voir avec le véritable enjeu, soit le libre cours des activités illicites.
« Kanesatake est une réserve enclavée dans la municipalité d’Oka à la confluence de la rivière des Outaouais et du lac des Deux-Montagnes. Sa géographie représente un atout considérable pour des trafics de toutes sortes. Les voies d’eau offrent les liaisons les plus sûres pour qui sait y naviguer de jour ou de nuit. Ce territoire de 670 kilomètres carrés est devenu un site de transit pour les contrebandiers. Rien d’étonnant à ce que les Mohawks en réclament la souveraineté. » (p. 88)

Réseau contrabande autochtone Montréal

Revenons à la phrase de Josianne Grenier du Livre qui fait dire oui. Elle déclare que « le gouvernement du Québec doit négocier avec Ottawa pour que les Amérindiens puissent traverser assez librement les frontières pour pouvoir continuer de profiter de l’entièreté du territoire ancestral ». Si l’on en croit les révélations faites par l’enquête du livre Le peuple brisé, cette proposition relève de la naïveté.

Certes Mme Grenier propose d’assurer la libre circulation des Amérindiens (au-delà même du concept de frontières) pour leur permettre de s’adonner librement à leurs activités traditionnelles, mais elle reste muette sur la question des activités criminelles.

À la lumière de ce qui précède, il s’agit pourtant d’un problème sérieux qui ne saurait être ignoré. Comment veiller à ce que les activités amérindiennes traditionnelles ne servent pas de paravent à des trafics de toutes sortes ? Surtout, comment protéger les femmes autochtones qui pourraient elles-mêmes souffrir de ce trafic si on le laissait suivre son libre cours ?

La « solution » proposée par Mme Grenier relève donc de l’angélisme. 

Dans le cadre d’une enquête publiée dans le Montréal Gazette, le journaliste montréalais William Marsden a recueilli de nombreux témoignages de la part de policiers. Les arrestations régulières de contrebandiers ont peu d’impact sur le marché noir du tabac, car les criminels mohawks vont rarement en prison, et ne paient pas les amendes qui leur sont imposées. Quant aux policiers blancs, ils n’entrent presque jamais sur les territoires amérindiens sans l’autorisation du conseil de bande. (p. 90)


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Je suis tombé sur une balado du New Hampshire (Outside/In) sur la controverse du « Northern Pass », le projet de ligne électrique entre le Québec et le nord-est des États-Unis. Ils voulaient montrer que l’hydroélectricité d’Hydro-Québec, une source d’énergie renouvelable et propre, a dérangé les traditions des « terres ancestrales » de quelques nations amérindiennes au Québec. Le traitement du sujet était plutôt superficiel et hautement théâtralisé, et il présentait une version déformée de l’histoire du Québec, ce qui est typique de la part des anglophones.

Les deux animateurs voulaient à tout prix montrer qu’ils ne sont pas des méchants blancs. Leur attitude « kumbaya » leur permettait la coopération du chef. Le hic, c’est qu’alors qu’ils s’apprêtaient à entrer dans un établissement d’Hydro-Québec sur la Côte-Nord, l’accès leur a été était refusé. Ils ont appris que c’était dû à la négligence du chef Jean-Charles Piétacho, qui n’a pas demandé la permission pour y entrer 48 heures à l’avance, comme tout le monde doit le faire, selon les règles.

Piétacho était furieux – non pas à cause d’une longue route perdue ni d’un désir particulier de montrer le site à ces deux Américains – mais parce qu’il avait été « humilié » par un vulgaire garde blanc lui ayant empêché d’accéder à son « propre territoire traditionnel ». Pour lui, cela illustre la discrimination dont est victime son peuple, non seulement d'Hydro-Québec, mais de tous les Blancs du Québec. 

Malgré l’à-plat-ventrisme des deux animateurs envers le chef, Piétacho a fini par les rejeter comme de vulgaires blancs qui font eux-mêmes partie du même problème. Peu importe qu'Hydro-Québec verse chaque année des millions de dollars à la nation crie comme compensation pour l’usage de leurs terres dites ancestrales. Peu importe que ces deux podcasteurs soient prêts à prendre son parti. Le chef se voit en tant que victime du cours de l’histoire. Peu importe ce que disent les deux podcasteurs ou des gestes de bonne foi de la part d’Hydro-Québec, le chef les méprise en tant que blancs. Plus tard dans le balado, le chef leur dit même qu'il est fâché qu'ils aient également eu des entretiens avec des employés d'Hydro-Québec. Il ne leur aurait pas parlé s'il avait su qu'ils avaient également parlé à Hydro-Québec, car il voulait qu’ils aient seulement sa version à lui de l’histoire.
« Nous savons ce que les Blancs nous font. Nous connaissons notre peuple, c'est une grande discrimination au Québec contre les Premières Nations, et nous le savons. Nous vivons ici ; nous le ressentons, juste par la façon dont ils nous regardent. C’est profond. » (traduction libre, 17:30)

Pourquoi les Amérindiens pensent-ils qu’ils peuvent avoir carte blanche pour aller n’importe où n’importe quand ? Il ne leur faut qu’évoquer le colonialisme et dire que tous les blancs sont mauvais pour obtenir ce qu’ils veulent ? 

Je maintiens mes dires : les Amérindiens n’ont jamais été opprimés par l’empire français. Les peuples amérindiens ont librement fait alliance avec le roi de France pour se défendre contre l’impérialisme iroquois, qui menaçait tout le nord-est du continent. La population amérindienne a malheureusement diminué de 90% à cause du « choc microbien », de l’apport involontaire de maladies européennes contre lesquelles les Amérindiens n’étaient pas immunisés. (Le siècle de Mgr Bourget, p. 12)

Qu’en est-il de cette histoire des couvertures de varioliques ? D’après ce texte de Radio-Canada, on dirait que la directive venait du général Amherst à la suite de la conquête de 1759, plutôt que de l’empire français. Or, on peut dire qu’une tache dans notre histoire, c’était la traite des fourrures contre de l’eau-de-vie (60% d’alcool), qui a malheureusement répandu l’alcoolisme chez les Amérindiens (même si les évêques de Québec condamnaient le commerce de l’eau-de-vie). 

En ce qui concerne les quelque 80 pensionnats au Canada, 11 étaient au Québec et seulement trois étaient catholiques (c'est-à-dire des institutions canadiennes-françaises). Le sujet est trop grand pour traiter adéquatement ici, mais il est à noter que les témoignages varient beaucoup sur ce qui s'est passé dans les pensionnats si la source était anglophone ou francophone. 

En ce qui concerne la vitalité des nations amérindiennes aujourd’hui, c’est d’ailleurs au Québec où les langues amérindiennes se portent le mieux au Canada. Juste au nord de Trois-Rivières, on trouve cet excellent exemple donné récemment par TVA.

Les Amérindiens s’en prennent à la nation québécoise en la réduisant au fait qu’il s’agisse d’une « nation blanche ». Non seulement cherche-t-on à ostraciser des gens en raison de la couleur de leur peau, mais on néglige par le fait même le fait que la nation québécoise se conjugue aujourd’hui au pluriel et qu’elle est aussi composée de descendants de tous les continents. Pourquoi les Amérindiens ne reconnaissent pas l’apport de ces néo-Québécois – qui sont impliqués dans les décisions politiques et économiques du Québec contemporain – en réduisant le Québec à une nation blanche ?

Par ailleurs, le fait que les Québécois soient blancs en grande majorité ne les rend pas coupables des injustices commises historiquement par l’Empire britannique. Les Québécois ont tort de se laisser culpabiliser pour des crimes commis au nom de Sa Majesté la Reine d’Angleterre. La devise de Lionel Groulx était « Notre maître le passé ». Les nations, comme les individus, se perçoivent elles-mêmes de la manière dont elles perçoivent leur passé.

Mais nous avons oublié notre histoire.